Mes points de vue et mes images du monde. Billets de bonne et mauvaise humeur. Avis sur la course du monde, d'une militante, écologiste, féministe, bobo-gauchiste. Réfractaires à l'ironie et au second degré, prière de s'abstenir.
Très, très chère Benoîte.
La nouvelle de votre mort m'emplit d'une tristesse à laquelle je ne m'attendais pas. Sans doute parce que je perds en vous un modèle, une très grande sœur, un membre de ma « famille d'âme ».
Depuis mes 15 ans, je vous porte dans mon cœur. J'avais alors lu « Les trois-quarts du temps », récit de la transformation d'une chrysalide gauche et forte en thème en un papillon libre de sa propre vie et de son propre corps. Libre de penser, d'écrire, d'aimer hors des carcans imposés par son éducation. Libre d'être elle-même et plus ce que ses parents, son milieu, les terribles pressions de sa mère pour en faire « quelqu'un » selon ses désirs, voulaient qu'elle soit.
Ce n'est que plus tard que j'ai appris que ce récit qui me parlait tant était celui de votre vie.
Puis il y eut Ainsi soit-elle , Le Féminin pluriel, Les Vaisseaux du cœur, Pauline Roland, ou comment la liberté vint aux femmes et le reste. Plonger avec délice dans ces pages toutes pleines de cet esprit lucide, caustique. Car il vous importait de toujours rire. Ricaner, vitupérer, râler de bon cœur. Un bon sale rire qui exorcise les malheurs des femmes de tout temps et en tout lieu. Rire pour ne pas pleurer. Rire parce que c'est résister.
Ah si vous saviez à quel point votre rire, votre plume légère et acide m'ont aidée à me construire. Comme votre joie de vivre m'a aidée à me sentir moins impuissante. Comme le récit de votre lent parcours vers vous-même, Benoîte, et plus Zazate-de-la-rue-Vaneau, m'a donné la patience et le courage de me chercher (tout en n'y arrivant pas toujours, mais baste ! Les femmes vivent vieilles dans ma famille, j'en ai encore pour au moins 45 ans à pouvoir tâtonner).
Mais il ne s'agissait pas que de se trouver soi-même. Encore fallait-il accompagner d'autres sur ce difficile chemin. Encore fallait-il combattre pour que les conditions soient remplies pour que toutes puissent prendre ce chemin. Là encore, c'est de façon si enlevée, si pleine de panache et de joyeuse intelligence. Cette ironie mordante qui vous allait si bien. Plutôt que quémander, mettre en lumière tout le ridicule de la situation, son illogisme, son injustice.
Chère, très chère Benoîte, de tout cela et plus encore, je voudrais vous remercier.
Pour les livres, pour les combats, pour les rires et pour le courage.
J'aimerais tant vous ressembler quand je serai grande...
Virginie Godet (triste comme si elle avait perdu une tante à la mode de Bretagne)