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12 février 2017 7 12 /02 /février /2017 13:47

Oui, si simple. Comme s'il n'y avait qu'à demander gentiment et poliment les choses pour que tout s'arrange.

La question de la désobéissance civile est tout sauf évidente. Parce qu'en effet il s'agit de se mettre en porte-à-faux avec la loi, de mettre en cause, ou en tout cas en questionnement la légitimité de l'autorité. Une autorité reste-t-elle légitime quand elle n'est pas juste? Ou quand les solutions qu'elle propose sont tout bonnement inapplicables, de simples pansements sur une jambe de bois?

Voilà ce me taraude suite à la manifestation #Reclaimthenight. Manifestation présentée dans les média comme "ayant dégénéré". Je n'ai jamais vu dégénérer une manif féministe. Aucune de celles auxquelles j'ai participé depuis bientôt 20 ans (c'état l'instant vieille conne). J'y ai toujours vu régner un esprit festif, solidaire, joyeux. A priori, il ne s'agissait pas de casseuses en puissance. Cela dit déjà assez, je pense, de la méconnaissance des mouvements sociaux par ceux-là même qui sont censés sécuriser l'espace public. Ils ne savent pas qui est en face d'eux, ils ignorent les raisons du rassemblement. Et, dans le cas présent, dans le doute, ils tapent.

Alors, bien entendu, on objectera que cette marche n'était pas autorisée. C'est un fait. C'est même tout à fait cohérent avec l'esprit du mouvement Reclaim né en Angleterre  il y a longtemps (le siècle dernier) et qui organisait des street parties sauvage afin que la population réinvestisse l'espace public, qu'il ne soit plus uniquement un espace de circulation entre deux endroits privatisés. L'endroit où tu marches entre deux cafés, entre deux magasins, un resto et un ciné. Mais un endroit aussi d'expression, de partage, qui appartient à toutes et tous, chacune et chacun. Ce qui ne veut pas dire non plus qu'on y est autorisé à se comporter comme des porcs. Bizarrement, après les Reclaim parties, les rues étaient propres, parce qu'on faisait appel au sens du bien commun des participants. Dingue, non?

Donc, dans la logique du mouvement Reclaim, on n'a pas à demander l'autorisation d'occuper un espace public qui de facto nous appartient. Et en l'occurrence pour exercer pacifiquement (ce qui ne sous-entend pas silencieusement) un droit constitutionnel. QUI PLUS EST quand il s'agit de rappeler que parmi ces citoyens qui ont le droit d'occuper l'espace public, il y a une moitié de femmes. Or, pour elles ce n'est pas toujours facile, pour des questions de sécurité. La loi contre le harcèlement étant assez mal faite pour que fort peu de plaintes aboutissent ou soient même recevables. Donc... Ah ben oui, il s'agissait de manifester pour dire aux policiers et à la justice de faire leur boulot. On peut se dire que la réaction violente vient de là. Mais non, puisque d'après des témoignages de première main, ils avaient en face d'eux des gauchistes. Rien à foutre des revendications: berseeeeerk, taaapeeeeeer (tu le vois bien le filet de bave?)

Serait-ce alors une maladie bruxelloise? Parce qu'il me semble qu'avec la police liégeoise, il a souvent été possible de discuter, de dire "Ok, on est là pour tel ou tel motif, telles raisons, on propose telle ou telle façon de faire, on reste encore tel laps de temps et puis on se disloque". Bon, ça ne marche pas toujours, mais au moins le premier contact est généralement moins violent.
Mais admettons, je vous parle d'une ville où les manifs d'extrême-droite sont interdites et réprimées. Faut-il donc croire que c'est Liège le Hell Hole, entièrement noyauté par les gauchissss jusque dans les rangs de la maréchaussée? Quelle horreur, mais quelle horreur! Ouskonvaton, ma pauv'Lucette?

Et malheureusement je crains que ce genre de discussions ne vienne à se répéter de plus en plus fréquemment. Parce que les manifestations, même pacifiques, seront de moins en moins autorisées, de moins en moins tolérées. Petit à petit nos libertés seront grignotées, comme le sont nos conquis sociaux. L'un ne va pas sans l'autre, mais comme la capacité est maintenue de pouvoir dire tout et n'importe quoi sur des espaces privés et surveillables à merci (ici même où vous me lisez, d'ailleurs), on ne se rend pas bien compte. Je peux dire tout ce que je veux sur FB, tant que personne ne me signale et que je ne montre pas mes seins, donc je suis libre. 

Mais sortir dans un espace censément public pour remettre en cause les décisions du gouvernement (et il y a de quoi faire), ça ne sera plus aussi facile, sauf à prendre l'initiative et se passer d'autorisation. C'est bête et c'est dommage. Mais c'est un fait: nos libertés constitutionnelles ne sont plus garanties. Et nous ne le voyons pas. Nous nous berçons dans l'illusions des acquis. Nous pensons que rien ne peux nous arriver puisque nous n'avons rien à nous reprocher (vous rendez-vous compte de qui est à l'origine de cette phrase? Savez-vous encore qui était Joseph Goebbels?). Que si nous sommes sages, il ne peut rien nous arriver d'affreux... Chacun enfermé dans sa petite boîte et sa petite case, respectant des normes que nous ne questionnons pas, réprouvant ceux qui dépassent du cadre, honnissant les mauvaises herbes qui ont l'outrecuidance de pousser de travers et dans une indécente joie de vivre libres.

Ne nous y trompons pas, l'opération policière contre #Reclaimthenight était une opération de maintien de l'ordre social. Malgré toutes les objections légalistes qu'on pourra y trouver, il s'agissait de remettre à leur place des personnes qui avaient l'audace de demander à ce que leurs droits soient garantis par ceux dont c'est le travail. Le droit à circuler, le droit à la sécurité, le droit à l'intégrité physique et morale. Rien de plus, rien de moins. 


Virginie Godet (concernée et consternée)

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21 juin 2016 2 21 /06 /juin /2016 12:47

Très, très chère Benoîte.
La nouvelle de votre mort m'emplit d'une tristesse à laquelle je ne m'attendais pas. Sans doute parce que je perds en vous un modèle, une très grande sœur, un membre de ma « famille d'âme ».

Depuis mes 15 ans, je vous porte dans mon cœur. J'avais alors lu « Les trois-quarts du temps », récit de la transformation d'une chrysalide gauche et forte en thème en un papillon libre de sa propre vie et de son propre corps. Libre de penser, d'écrire, d'aimer hors des carcans imposés par son éducation. Libre d'être elle-même et plus ce que ses parents, son milieu, les terribles pressions de sa mère pour en faire « quelqu'un » selon ses désirs, voulaient qu'elle soit.

Ce n'est que plus tard que j'ai appris que ce récit qui me parlait tant était celui de votre vie.

Puis il y eut Ainsi soit-elle , Le Féminin pluriel, Les Vaisseaux du cœur, Pauline Roland, ou comment la liberté vint aux femmes et le reste. Plonger avec délice dans ces pages toutes pleines de cet esprit lucide, caustique. Car il vous importait de toujours rire. Ricaner, vitupérer, râler de bon cœur. Un bon sale rire qui exorcise les malheurs des femmes de tout temps et en tout lieu. Rire pour ne pas pleurer. Rire parce que c'est résister.

Ah si vous saviez à quel point votre rire, votre plume légère et acide m'ont aidée à me construire. Comme votre joie de vivre m'a aidée à me sentir moins impuissante. Comme le récit de votre lent parcours vers vous-même, Benoîte, et plus Zazate-de-la-rue-Vaneau, m'a donné la patience et le courage de me chercher (tout en n'y arrivant pas toujours, mais baste ! Les femmes vivent vieilles dans ma famille, j'en ai encore pour au moins 45 ans à pouvoir tâtonner).

Mais il ne s'agissait pas que de se trouver soi-même. Encore fallait-il accompagner d'autres sur ce difficile chemin. Encore fallait-il combattre pour que les conditions soient remplies pour que toutes puissent prendre ce chemin. Là encore, c'est de façon si enlevée, si pleine de panache et de joyeuse intelligence. Cette ironie mordante qui vous allait si bien. Plutôt que quémander, mettre en lumière tout le ridicule de la situation, son illogisme, son injustice.

Chère, très chère Benoîte, de tout cela et plus encore, je voudrais vous remercier.

Pour les livres, pour les combats, pour les rires et pour le courage.

J'aimerais tant vous ressembler quand je serai grande...


Virginie Godet (triste comme si elle avait perdu une tante à la mode de Bretagne)

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11 février 2016 4 11 /02 /février /2016 15:09

Encore de longs mois sans écrire. Parce qu'il aurait fallu, sans doute, paradoxalement, à la fois le temps et la réactivité d'écrire tous les jours, alors qu'on a fort à faire.
Depuis des semaines, ça me démange. Depuis des semaines, je recule. Est-ce bien nécessaire et est-ce bien utile? Qu'est-ce que ça peut bien apporter, qu'est-ce que ça peut bien m'apporter?


Sans doute cela n'apportera-t-il rien au débat, puisque chacun campe sur ses positions, que le discours se radicalise encore et encore, sans plus aucune nuance possible, sans pouvoir garder cette ligne de conduite que j'essaie pourtant de faire mienne: ni angélisme, ni diabolisation.

Alors bon, même si cela n'apporte rien, ce que cela m'apporte à moi, c'est de sortir un bon coup ce qui me turlupine, m'enrage et m'insupporte. Ecrire comme on vomit, parce qu'il ne faut pas garder tout cela à l'intérieur, alors que cela bouillonne et vous ronge.

Depuis les événements de Cologne et les commentaires qui les ont suivis, depuis que Théo Francken a proposé de donner des cours de respect de La Fâââmme aux migrants, je me pose cette question: suis-je une aberration statistique?

Nombreuses sont les femmes qui ont subi des agressions sexuelles (et bienheureuses celles qui ont été épargnées). Verbales ou physiques, propositions déplacées suivies d'injures, attouchements plus ou moins furtifs (vive les transports en commun), tentatives de viol ou viol, carrément.

Je ne fais pas partie de ces happy few dont l'intégrité morale et physique est restée sans tache. C'est comme ça, on n'y changera plus rien.
Mais les abrutis qui ont commis à mon égard ces actes, plus ou moins graves, eux, ne correspondent pas à l'idée que s'en font beaucoup de gens.
Paaaas du tout, du tout, du tout...
Car, voyez-vous, messieurs-dames, ils étaient blancs. Blancs de chez blancs. Européens. Vraisemblablement de la souche de chez nous autres.
Dingue, non?

Serais-je donc la seule, s'il faut en croire le bon peuple des forums, et principalement le nid de pur-sangs qui squatte la page du Vif? Ou tout simplement, selon la jurisprudence du "viol amical", n'ai-je pas saisi toute la nuance de la problématique? Quand le monsieur il est blanc, il peut? Il a le droit de tâter du cheptel local?
Du coup, si je ne trouve pas ça drôle, c'est parce que je n'ai pas d'humour?
Si le contact me dérange, je suis coincée du cul?
Si je dis non, si je crie non, mes signaux ne sont pas assez explicites pour ses neurones appauvris par des générations d'endogamie?

Homme blanc peut tripoter femmes blanches, femmes blanches à lui?

N'y aurait-il pas là comme un énorme problème?

Et la réponse, au fond, ne serait-elle pas, qui que tu sois, d'où que tu viennes, si ça me dérange, tu la fermes, tu garde tes pattes dans tes poches, et tu touches la madame quand elle est d'accord?

Et ça, c'est bon à rappeler de manière globale. Un mec bien est un mec bien. Un connard est un connard. Les deux espèces sont assez équitablement répandues dans la population mondiale.

Virginie Godet (Ouf, c'est sorti...)

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1 octobre 2014 3 01 /10 /octobre /2014 11:22

Ce billet m'a été inspiré par un article publié sur le site de la LCR, à propos des commentaires sur la dernière vidéo de Nicki Minaj, Anaconda.  Donc, le mainstream, à travers ces commentaires stigmatisants, révélerait son fond profondément raciste et sexiste.

Ma foi, pour une part, c'est fort possible. Pour la mienne, non, je ne suis pas d'accord. Ni coincée du cul, ni pro-hypersexualisation, je dois dire que cette vidéo m'a laissée quelque peu perplexe. Idem pour celle de J-Lo, Booty, qui va quelque peu dans le même sens.

Mettons-nous d'accord: il est bon que les femmes assument une sexualité active, conquérante et joyeuse. Et il est tout à fait sain que des femmes aux formes généreuses vivent une relation décomplexée à leur corps, puisque les canons en vigueur sont largement ethnocentrés, ce qui est ridicule. Pas de slutshaming, donc.

Il n'empêche que ces vidéos m'ont un peu laissée comme deux ronds de flan. Et là c'est une question éminemment subjective qui se pose: à quel moment le sexy devient-il du vulgaire? Affaire de culture, de références et de codes. On sortait totalement de mon cadre et de mes limites. Saloperie d'universitaire blanche (voilà, je me le sers moi-même, pas la peine d'en rajouter).

Les codes du rap et du RnB, je les connais mal. C'est pas vraiment ma tasse de thé (moi ce serait plutôt rock... qu'est-ce que je peux être mainstream!). Mais, n'en déplaise au rédacteur de l'article de La Gauche, j'y vois une inversion des rapports qui n'entre pas en résonnance, on va dire, avec ma conception de relations égalitaires entre partenaires consentants. Entre  sujets désirants. Affirmer son pouvoir sur sa propre vie et sa propre sexualité est une chose - et c'est très bien. Où est la nécessité d'objectiviser l'autre? Là, je cherche toujours.

Alors, je veux bien entendre, et je comprends, intellectuellement parlant, l'argument selon lequel une hypersexualisation volontaire est une libération du corps, et un renforcement du discours (c'est aussi un argument des Femen: leur nudité est leur propre choix, et leur corps une arme). Mais qu'est-ce qui me donnait cette impression de "too much"? Pourquoi est-ce que j'ai été plus dérangée par ces vidéos que par Justify my love, de Madonna,  qui faisait dans le pseudo-porno-chic, ou Minute man, chanson dans laquelle Missy Elliott mettait au clair ses exigences en termes de performances masculines? Eh bien je ne comprends pas, mais clairement ça me gène.

Alors bon, mettons ça sur le compte du mainstream, du racisme larvé, si on veut - alors que, bon, l'interprète serait blanche, ce serait idem pour moi, mais les grands lecteurs/trices-dans-ta-tête-qui-voient-ce-qu'ils/elles-veulent-bien ne l'entendront pas de cette oreille- et d'un slutshaming soft, puisque les grands experts qui décernent les certificats de féminisme en ont décidé ainsi.

Je n'échappe pas aux conditionnements venus de mon éducation, même si je suis consciente que c'est de là qu'ils viennent. Pour moi, une Rita Hayworth enlevant un gant sera toujours plus sexy qu'une dame faisant du lap-dance. Le burlesque plus émoustillant que le strip-tease. La suggestion surpassera toujours l'étalage. La différence entre déballer un joli bonbon de son papier doré, et sortir la barbaque du ravier du Carrouf -avant qu'on ne gueule à la réflexion misogyne, je pense exactement la même chose des Chippendales, d'autant qu'eux, on les a badigeonnés de marinade, par-dessus le marché! Et sans doute cette éducation est-elle ethnocentrée, bourgeoise, et forcément imprégnée de scories patriarcales, même si c'est une éducation qui vient d'une véritable dynastie de femmes indépendantes.

Je ne me sens pas moins légitime dans mon engagement pour les droits des femmes en disant, simplement, sans pousser de cris d'orfraie, que là, cette fois, ça me gène.  Est-ce donc si mal et si mainstream de dire ses propres limites, parlant à son propre niveau? Est-ce que ne pas aimer cette vidéo fait de moi une mauvaise personne? 

 

Virginie Godet (en mode interrogatif)

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24 septembre 2014 3 24 /09 /septembre /2014 09:49

Or donc, Emma Watson (Hermione dans Harry Potter, tu vois?) a été nommée ambassadrice de bonne volonté d'ONU-Femmes. Et elle s'est fendue devant l'assemblée d'un discours qui, malgré sa voix tremblante - ceci dit, on comprend son stress- était d'une intelligence, d'une pondération... Brillant et inspirant.

La campagne HeforShe part du postulat que l'égalité se contruit ensemble, hommes et femmes. Que, comme Emma Watson le dit très bien dans son discours, le féminisme, dans son acception originelle, est l'exigence d'égalité entre toutes et tous. Que les êtres humains naissent libres et égaux en droits et en dignité. Qu'ils doivent pouvoir disposer des mêmes chances. Et que les femmes... Eh bien les femmes sont des êtres humains (et il parait nécessaire, parfois, de le rappeler).

A peine le discours prononcé et rendu public, c'est la bronca. Et les baffes en stéréo, venant à la fois d'hommes qui, non seulement ne se sentent pas concernés, mais qui plus est se sentent menacés, mais également de certaines féministes autoproclamées radicales. D'un côté on s'accroche à ses privilèges (ou du moins, à un "ordre des choses" censé être "naturel"), de l'autre, on crie à la non-remise en cause dudit système. Dans tous les cas, on n'est pas content.

Donc, d'un côté nous avons des messieurs pas contents qui en ont marre que ces gonzesses passent leur temps à se plaindre et à se poser en victimes (c'est pas comme si on partait avec quelques siècles de retard et la lourde tâche de changer les mentalités- remember, 1ère vague, droits politiques, 2ème vague, droits reproductifs, 3ème vague, gérer le retour de bâton et changer les mentalités). Messieurs qui usent d'armes de slutshaming massif contre la pauvre Emma qui n'en demandait pas tant. Menacée par les gentlemen de 4Chan de voir des photos d'elle nue partagées sur le web. Et là, je dis wouaw! En voilà de l'argument de choc contre la demoiselle. Nue! Oh mais comme cétropaffreux! Hé bien oui, cétropaffreux d'en arriver à des menaces aussi crétines et puériles parce qu'on n'a pas d'arguments solides. Et au fond, de quoi ont-ils peur? Quel est le problème d'avoir entre êtres humains des relations qui ne reposent pas sur la domination d'un sur l'autre, mais bien sur l'égalité, le partage, le respect de la liberté et de l'indépendance de chacun? Je suis certainement pas normale, du coup, quand je me dis que, si j'étais un homme - non, je ne serais pas capitaine d'un bateau vert et blanc, n'insistez pas- je trouverais plutôt chouette d'avoir une compagne indépendante, et que notre relation soit basée sur l'envie d'être ensemble, et pas sur la dépendance d'un envers l'autre.

Et là les radicales m'envoient au bûcher tout de go, parce que ma vision des choses est hétéro-centrée. Or, pas forcément, c'est juste qu'on regarde toujours quelque chose de quelque part. Jugeant par mon vécu et étant hétéro -en principe, peut-être que je n'ai pas encore rencontré la femme de ma vie, qui sait-ben, voilà, quoi.

Parlons donc des radicales. Nous avons de l'autre côté du ring des dames pas contentes, parce qu'associer les hommes à la construction de l'égalité, c'est jeter de la poudre aux yeux, s'allier avec l'ennemi principal, ne pas remettre en cause le système patriarcal... Hop, distribution de mauvais points et anathème en règle. Héééé mais, minute! Est-ce que vraiment tous les hommes se sentent à l'aise dans ce système de valeurs patriarcales? Je ne le pense pas. Est-ce que s'allier avec ceux qui, justement, ont envie de mettre en cause ce système, est une mauvaise chose? Je ne le pense pas. Est-ce que c'est à ce point une abomination de lutter côte à côte pour une changement de paradigme, qui mettrait en avant la réalisation de toutes-tous et chacun-chacune en tant qu'individu, avec ses spécificités d'individu? Je ne le pense pas non plus. Et je ne considère pas que c'est être une féministe "libérale" que d'adopter ce type de positionnement. L'individu et le groupe ne sont pas antithétiques, pour moi, puisque le collectif est la somme de chaque individualité, le groupe étant toutefois un peu plus que le résultat de l'addition.

Bref, je sens que je m'égare, et ça risque de finir en envolée lyrique... Donc, pauvre Emma, dont le discours étaient pourtant si fin et si clair. Pas excluant. Enthousiasmant. Mettant les pendules à l'heure concernant les idées reçues sur le féminisme, globalement perçu à travers une seule de ses composantes, alors qu'il est divers et pluriel. S'attachant à faire comprendre que les hommes aussi sont englués dans les stéréotypes de genre qui peuvent les empêcher de se réaliser en tant que personnes et, partant, d'apporter leur pierre à l'amélioration des conditions collectives (parce que les relations individu/groupe, ce n'est pas l'un ou l'autre, mais l'un et l'autre, arrêtons un peu de penser en termes binaires, le cerveau humain est capable de nuances!). Et que donc, oui, oui, mille fois oui, l'égalité réelle - pas celle "en droit, déjà acquise dans certaines parties du monde- ne se construira qu'ensemble. Et certains devront renoncer à une partie de leurs privilèges. En tout cas, les partager (mais un privilège partagé n'en est donc plus un).

Ne nous leurrons pas, ce discours à lui seul ne va pas changer la face du monde. Mais il est regrettable que des réactions aussi démesurées soient apparues. Alors que l'égalité co-construite, c'est juste une question de bon sens.

Et nous savons bien que la seule formule magique à opposer aux détrac(t)eurs, c'est:  EXPECTO PATRONUM!

 

Virginie Godet (qui se sent bien aussi d'expliquer à ses camarades de formation que non, toutes les féministes ne haïssent pas les hommes, et non, elles n'exagèrent pas...)

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12 août 2013 1 12 /08 /août /2013 20:57

Depuis quelques temps, déjà, ils font le tour de la toile, ces corps vivants.

Les corps de ces femmes sur lesquels le temps a laissé sa patine.

Une vergeture comme un éclair, comme une flèche dans un bas, dans la soie d'un ventre qui n'est pas tout à fait redevenu comme avant. Un peu plus de moelleux dans les hanches. Sur les cuisses, un zeste d'orange.

 

Jade Beall a photographié ces corps ordinaires, sans fards, dans la lumière crue. Dans la vérité de leur nudité.

 

Combien sommes-nous à avoir été ramenée à notre propre vérité? A nos doutes, nos peurs devant l'usure des sens.

Nos corps, ce sont ceux-ci, qui ont vécu, portent les traces du temps. En sont-ils pour autant moins désirables? Sommes nous pour autant moins désirantes?

 

S'ils ne sont plus lisses, s'ils ne sont plus intacts, ces corps ont-ils donc perdu leur capacité à être aimés et aimants? Elle veut quoi, elle ressent quoi, la personne qu'il y a dedans? Si ça lui plaît de s'abandonner dans la tiédeur d'un matin, comme ça, à la lumière du jour. Devrait-elle y renoncer, préférer la nuit rassurante, l'obscurité, la lampe qui s'éteint? Pour cacher quoi? On ne cache rien aux mains...

 

Et si l'important n'était pas ces éclairs, ces flèches, ce moelleux, ces zestes de-ci, de-là, mais un flot qui vous emporte, une bulle dans la tête, un tremblement de feuille sous un vent léger, des peaux qui s'accordent ,des mains qui se joignent... Et plus si affinités. Le frémissement de tout un être. Pas juste d'un ventre, de hanches, de cuisses. Nous sommes la vie, qui passe, et qui polit, patine, apprend.

 

Vivantes et belles d'autre chose que d'une perfection qui passera. D'autre chose... D'autres choses. De flèches dans le coeur comme dans la soie d'un bas. D'un peu plus de moelleux dans l'âme. D'un zeste doux, amer, piquant, qui s'exprime enfin dans la complexité de son parfum.

 

Dans la nudité de notre vérité.

 

 

 

Virginie Godet.

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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 15:15

Ainsi donc, le nouveau petit jeu à la mode chez nos ados, sur les réseaux sociaux, c'est le Slutshaming (ou "foutre la honte aux salopes"). La version 2.0 du taillage de costard, du pourrissage de réputation, un harcèlement moral à grande échelle.

 

Certes, certes, le concept n'est pas nouveau: prenez une fille qui s'habille un peu (ou beaucoup) sexy, qui assume sa vie sentimentale et/ou sexuelle, ou tout simplement une fille dont la tête ne vous revient pas, et pourrissez-lui la vie. Dans la nouvelle mouture du procédé, on créera un groupe Facebook destiné à lui casser du sucre sur le dos, on l'insultera sur Twitter, on réalisera sa petite vidéo soi-disant satirique pour la poster sur Youtube. Tout pour la casser. Et pour y gagner quoi?

 

En quoi ces jeunes filles (parce que la majeure partie des pratiquants de ce sport sont des filles) sortent-elles grandies de ces pratiques? Leur réputation est-elle sauve, parce que celle d'une autre est "perdue"? Se sentent-elles fortes d'avoir détruit quelqu'un?  Le contrôle social est assuré, une fois la salope mise à terre, les veaux (entendez les petits copains, qui ne peuvent pas contrôler leurs pulsions forcément irrésistibles, pôvres mâles qu'ils sont) seront bien gardés?

 

Mais, euh, dites, on n'est pas au 21ème siècle? Il n'y a pas eu un mouvement de libération des femmes? C'est quoi ce croisement entre des mentalités du 19ème siècle et les nouvelles technologies? D'ailleurs, celles qui tombent à bras raccourcis  et en meute sur une victime toute désignée (bah oui, pour dire du mal, c'est toujours mieux d'être plusieurs) sont-elles les blanches colombes irréprochables qu'elles prétendent être? Molière écrivait déjà: Le scandale du monde est ce qui fait l'offense, et ce n'est point pécher que pécher en silence (Tartuffe, acte IV, scène 7). Alors? On gonfle les torts imputés à la chèvre-émissaire pour faire oublier ses propres petites turpitudes?

 

L'adolescence est l'âge où l'on se cherche, on l'on fait des gaffes, des erreurs. Les filles se découvrent femmes, et tâtonnent entre différents modèles, ce n'est pas nouveau. Entre la princesse Mathilde et les soeurs Kardashian, toute une palette s'offre à elles, alors elles procèdent par essais et erreurs.  Parfois, on leur enverrait bien la fashion police (non, un rôti de dindonneau n'est pas sexy). Mais de là à dire que celles qui portent une tenue "provocante" -calquée sur la dernière trouvaille de Kim K- ne se respectent pas et n'ont donc pas à être respectées, il y a une sacrée marge. Et toi, Kévina, tu ne te cherches pas, sans doute?

 

Dans le modèle de société qui leur est proposé à travers les médias qu'ils fréquentent, ce qu'ils écoutent, lisent, regardent, que voit-on? Normalisation de la violence, culte du plus fort ou du plus grand stratège, élimination des plus faibles par tous les moyens, élimination des rivaux potentiels... Oh non, cela non plus n'est pas nouveaux. Mais un fonctionnement ancien doit-il pour autant perdurer? Sous nos cieux, on ne brûle plus les sorcières, l'esclavage est aboli et les femmes votent. Introduire la bienveillance ne serait pas du luxe. Un rien d'empathie, non? Parce que, Kévina de mon coeur, demain, pour une jupe un peu courte ou un roulage de pelle un peu hot, la salope, ça pourrait être toi. Tu sais, un peu comme dans Jersey Girls.

 

J'essaie de mettre à ce sujet mes pensées en ordre, mais force est de reconnaître que ma première réaction a été, elle aussi, violente, devant la perpétuation de ces façons de faire on ne peut plus archaïques. Vomir ou distribuer des claques. Mais je suis une vieille, une maman, et il parait que c'est mon rôle de jouer la voix de la sagesse. Parce que je n'ai pas envie que mes fils jouent à ce genre de jeu profondément malsain. Je veux qu'ils soient des mecs bien.

 

Alors je vais conclure, un peu abruptement, en tombant dans la guimauve. Une chanson de Bénabar, qui a si bien compris ce qui peut se passer dans la tête d'une de ces "sluts", ces filles un peu trop, un peu pas assez, celles dont les garçons ont honte, celles que les filles détestent:

 

 

 

(Je décline toute responsabilité pour les fautes d'orthographe dans les paroles).

 

 

Virginie Godet, vieille conne.

 

 

 

 

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9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 14:25

Des concours de Miss en général. Ceux pour les grandes, parce que les mini, je l'ai déjà écrit.

 

Bien, bien, bien... Comment dire? On ne peut pas dire que ça me réjouisse que de jeunes femmes fassent le choix de la reconnaissance par le seul physique. Par la correspondance aux canons en vigueur. Parce que la beauté, c'est tellement plus complexe, tellement subjectif.

 

La beauté, c'est plus qu'un rapport taille/poids, qu'un indice de masse corporel. Plus qu'une couleur de cheveux, l'arête d'un nez. Plus qu'un bronzage parfait ou une épilation au top. L'harmonie des traits, des courbes, c'est infiniment complexe. Jane Birkin est belle, Barbara était belle, Marianne James est belle: elles ont, ou avaient quelque chose en plus, un éclat, une étrangeté, ce quelque chose d'indéfinissable qu'on appelle le charme. Et du caractère, un caractère, un grain de spleen ou de folie. Un je-ne-sais-quoi qui les rend à nulle autre pareilles. Et que je ne retrouve jamais chez une Miss.

 

Donc, une Miss sera la plus belle parmi celles qui se sont présentées. Ou du moins celle qui aura le plus correspondu aux canons en vigueur chez les votants (jurés et téléspectateurs).

 

Ceci écrit, même si le choix de participer à ce genre de concours me laisse comme deux ronds de flan (j'étais plutôt olympiades de latin et jeans à trous), je leur reconnais un courage certain. Parce qu'elle s'en prennent plein la fiole, que ce soit des intellos bourrues dans mon style ou des bourrins de base. Parce qu'elle doivent défiler en bikini - le moindre mal- ou dans des robes pathétiques: tout le monde n'assumerait pas l'abat-jour rococo mâtiné de meringue porté par les finalistes de Miss Belgique! Parce que les réseausociables attendent qu'elles se plantent au questionnaire de culture générale. Parce qu'elles assument des performances scéniques qui n'ont certainement pas leur place dans un prime-time.

 

Du courage aussi pour la gagnante, qui sera promenée comme un trophée dans des événements commerciaux, louée pour le prestige et le décor, faisant acte de présence pour tous ceux qui viendront se faire photographier à ses côtés et se barreront sans lui dire merci. En fait, je suis triste pour elle, parce que je crois que ce n'est pas de cela qu'elle rêvait. Mais, au fond, qu'est-ce que j'en sais? Je ne suis pas dans sa tête.

 

Alors, si je trouve ce genre de concours pathétique, parce qu'il véhicule une image de cette Fââââââmme dont je me demande toujours qui c'est, lisse, consensuelle, sans aspérités, bien terne malgré tout le clinquant autour, force est de constater que les candidates sont majeures, qu'elles ne font pas l'objet de pressions, qu'elles ne sont pas maltraitées par les organisateurs- et j'ose espérer que, si elles l'étaient, elles le feraient savoir et quitteraient l'événement. Si personne ne les a forcées, alors personne ne peut les en empêcher.

 

La seule chose à faire est sans doute de proposer des modèles différents: des Simone Veil, des Taslima Nasreen, des JK Rawlings, des Hermione Granger, des astronautes et des chocolatières, des ingénieures et des frigoristes. Mille et une façons d'être femme, d'être soi, de réussir sa vie, et dans la vie. Dans les canons ou pas, dans les clous ou pas. De se réaliser, simplement.

 

Et peut-être que ces concours disparaîtront d'eux-mêmes, faute de participantes.

 

 

Virginie Godet, Miss bourrue 1975.

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8 août 2012 3 08 /08 /août /2012 14:11

La diffusion d'extraits du film "Femmes de la rue", de Sofie Peeters, n'en finit pas d'avoir des suites à rebondissements. Des gloses à n'en plus finir et qui n'ont pour seul but, en fin de compte, que de nier la réalité quotidienne de milliers, de millions de femmes. Parce que oui, des lourds, on en croise tous les jours, et ils n'appartiennent pas forcément à une minorité. Et ils ne vivent pas qu'à Bruxelles, il y en a partout. Même adolescente, j'en ai croisé dans ma toute petite ville, des gars qui étaient en classe avec moi, des gars qui traînaient sur la place du hameau, et se croyaient autorisés à surveiller le cheptel et à remettre à sa place celle qui prenait trop de libertés à leur goût.

 

J'avais déjà mis mon grain de sel dans l'affaire sur le blog collectif Respectivement.be, je remets une couche ici, parce que j'en ai marre. Plus que marre. Et que comme ici, c'est chez moi, j'ai le droit de m'énerver beaucoup, beaucoup plus. Et que les dénégations et tentatives de décrédibilisation me foutent bien, bien en rogne.

 

Alors une fois de plus, pour que ça rentre dans les caboches: se respecter assez pour ne pas laisser dépasser ses limites personnelles n'est pas un mal. J'ai le droit de dire que ça me déplaît, que je suis dérangée, importunée, pas intéressée. Je n'ai pas à chercher d'excuses à un type qui se comporte avec moi d'une façon que je trouve déplacée. Il a transgressé mes limites, point barre. Que sa culture ou son éducation soient différentes de la mienne, ce n'est pas mon problème. Il m'est déjà d'ailleurs arrivé de remettre à leur place des hommes qui se comportaient envers moi de façon cavalière, ou désagréable, et se trouvaient vachement plus au-dessus que moi dans l'échelle sociale, se croyant tout permis de ce simple fait.

 

Mais force est de dire que cette habitude est nouvelle. Combien d'années j'ai rasé les murs, combien d'années je me suis effacée, j'ai tenté de disparaître, pour qu'on me foute la paix! Avec quels résultats? Que dalle! Même rondouillette en col roulé, ça continuait. A ceci près qu'à la place de "salope" ou "connasse" quand je fuyais sans répondre, c'était "Hé, boudin, tu pourrais être contente qu'on te regarde!" qui fusait.

 

Alors maintenant, c'est merde! Mais ce n'est pas venu tout seul. Il faut désapprendre tout ce que, toute petite, on a appris. A être polie, gentille, empathique et souriante. A être une fragile créature qui papillonne des cils, fait ses yeux de Bambi pour qu'on ne lui fasse pas de mal. Message paradoxal. Il faut ré-apprivoiser ce corps qu'on ne sait plus écouter. Apprendre à décoder ses signaux, à comprendre quand il entre en phase d'alerte. Apprendre, aussi, à maîtriser sa peur, à en faire une force, à la muer en colère froide. Apprendre à se déplier, se tenir droite, bluffer, regarder droit dans le yeux, ne pas sourire, ne pas se montrer faible ou fragile. Apprendre à répondre de façon correcte et ferme.

 

Et tout ça, je ne l'ai pas appris seule. Et je voudrais aujourd'hui remercier ces formatrices qui oeuvrent chaque jour, à Liège, et à Bruxelles, pour que les femmes, les jeunes filles, prennent pleinement leur place dans l'espace public. La place qui leur revient de droit. Merci aussi aux femmes qui suivent ces formations, et se renforcent les unes, les autres. L'empowerment, la reconquête de sa force secrète, de sa plussoyance, n'est pas un chemin solitaire, mais un chemin solidaire. Une pour toutes, toutes pour une.

 

Merci à Flo et aux Ginger, qui jour après jour nous permettent, toutes et chacune, de devenir ce que nous sommes. Et de nous respecter assez pour ne plus nous excuser d'être. De nous respecter assez pour simplement être.

 

Virginie Godet.

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25 avril 2012 3 25 /04 /avril /2012 08:49

Oui, je sais, c'est désolant. Les princesses sont des êtres humains comme les autres. Et les femmes, c'est pareil.

 

Cette réflexion m'est venue suite à la journée d'étude de Vie Féminine, "En 2012, les filles, on ose tout". Rassemblez des femmes, faites-les parler de sexisme et de stéréotypes, de la pression qui leur est mise, qui nous est mise, pour nous conformer à certains modèles, et c'est parti pour un tour de franche rigolade aux accents parfois acides.

 

Et donc, nous en sommes vite venues à ces exigences sociales, qui sous-entendent que "Lâ Fâââââmme" doit être toujours du côté de ce qui est doux, ce qui est beau, ce qui est raffiné. A priori, comme ça, c'est sympa à entendre, sauf que... Sauf que ce n'est pas toujours vrai. Et que, par exemple, messieurs, du côté de la plomberie, on est faites tout comme vous. Non, nous ne sommes pas des êtres éthérés et diaphanes. Même Angelina Jolie, ou Scarlett Johansson ne sont pas naturellement exemptes de gastro. Après un bon cassoulet, Catherine Deneuve pète. Et tant la bière que le Coca light font roter.

 

Haaaaaan, mais qu'elle est triviale! Franchement? Oui. Et je ne suis pas en train de dire que toutes autant que nous sommes nous allons nous mettre à éructer de concert, comme ça, pour rire. En fait, même quand une soirée foot finit par tourner au concours du plus gros ou du plus laid (c. les Snuls), ça m'énerve. Cette course relais de la plus chouette émanation, ça me dépasse. Je veux dire, quand ça arrive, ça arrive, aux filles aussi, donc, mais je ne comprends pas cette dichotomie poussée à l'exagération. Les filles doivent le cacher, mais pour les mecs, c'est un signe de virilité. Mouais, mouais, mouais...

 

Dans le même ordre d'idées, tiens, parlons-en, de la bière. Avec deux petits exemples qui m'ont bien fait rire. Le premier, c'est un de ces sempiternels coups de fil de négociants en vin. En général, je coupe court. Mon homme, lui, adore les faire bisquer un peu. Et le voilà qui explique à la démarcheuse que nous avons une cave à bière, ce qui est vrai. Réponse scandalisée de la vendeuse: "Mais, monsieur, je suis certaine que votre épouse, qui doit être une femme raffinée, préférera sans doute un bon vin", et de citer tout ce qu'elle a de plus fruité en magasin. "On voit que vous ne la connaissez pas, rétorque l'animal, non seulement elle préfère les vins secs ou corsés, mais côté bières, elle les aime amères et fortes". Clac, biiip, biiiip, biiiiip. Voilà, selon les critères de la dame, je ne suis pas raffinée. Donc pas une vraie fâââââmme.

 

L'autre exemple, c'est un souvenir de contre-sommet. A Edimbourg, mais ne me demandez pas l'année, ça me ferait pousser trois rides d'un coup. Les Belges avaient pris leurs quartiers dans un pub près du campement et, ça tombait bien, l'établissement faisait discothèque, enfin, bal, le samedi soir. Une bonne petite occasion de faire la fête façon bal de kermesse, sans Cloclo, mais avec Abba plein les oreilles, et de se bouger les papattes. En avant, camaraaaaaat's. On se lance sur la piste, on a chaud, on a soif. Et on se commande une pinte. Regard réprobateur des demoiselles du cru, qui buvaient certes aussi de la bière, mais girly, dans des petits verres. La pinte, c'est pas raccord avec la mini jupe et les jolies sandales z'à brides, puis autant de mousse, ça ferait de la moustache qui gâcherait le make-up qu'on a passé trois heures à mitonner. Pas comme ces altermondialistes coiffées à la six-quatre-deux, que si ça se trouve, elles ne sont même pas lavées, beurk, beurk, beurk. Ah ouais. Sauf qu'à bien y regarder, petit verre par petit verre, descendu à la mode écossaise, eh bien elles ont bu plus que nous. Et qu'on a pu, en sortant, assister à une démonstration du vomi girly, avec la copine qui tient les cheveux (si vous vous demandiez pourquoi les filles vont aux toilettes par deux, voici un élément de réponse).

 

Ne vous y trompez pas, je ne suis pas en train de dire que, après tout, ce serait mieux que toutes les femmes soient des garçons manqués. Certains jours, je rêve que je deviens un beauté mystèrieuse et classieuse à la Ava Gardner. Et puis ça me passe parce que, dans le fond, ce serait ne pas être moi. Mais si la réponse, c'était ça? Laissez-nous être nous-même. Ou, mieux, ayons l'audace d'être nous-même. De ne plus plier devant les modèles, ne plus culpabiliser quand nous ne correspondons pas. Prendre ce que l'on veut dans ces propositions, jouer avec les codes. Accepter que nous ne sommes pas, ne serons jamais, ces êtres purs, ces filles de rêves, désincarnées, sans substance. Ces créatures éthérées sans vie réelle.

 

Parce que même les princesses, les stars, les mannequins, toutes ces femmes idéalisées, dans la vraie vie, elles aussi, elles font caca.

 

Virginie Godet (la légereté dans le lourd)

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