Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
8 août 2012 3 08 /08 /août /2012 14:11

La diffusion d'extraits du film "Femmes de la rue", de Sofie Peeters, n'en finit pas d'avoir des suites à rebondissements. Des gloses à n'en plus finir et qui n'ont pour seul but, en fin de compte, que de nier la réalité quotidienne de milliers, de millions de femmes. Parce que oui, des lourds, on en croise tous les jours, et ils n'appartiennent pas forcément à une minorité. Et ils ne vivent pas qu'à Bruxelles, il y en a partout. Même adolescente, j'en ai croisé dans ma toute petite ville, des gars qui étaient en classe avec moi, des gars qui traînaient sur la place du hameau, et se croyaient autorisés à surveiller le cheptel et à remettre à sa place celle qui prenait trop de libertés à leur goût.

 

J'avais déjà mis mon grain de sel dans l'affaire sur le blog collectif Respectivement.be, je remets une couche ici, parce que j'en ai marre. Plus que marre. Et que comme ici, c'est chez moi, j'ai le droit de m'énerver beaucoup, beaucoup plus. Et que les dénégations et tentatives de décrédibilisation me foutent bien, bien en rogne.

 

Alors une fois de plus, pour que ça rentre dans les caboches: se respecter assez pour ne pas laisser dépasser ses limites personnelles n'est pas un mal. J'ai le droit de dire que ça me déplaît, que je suis dérangée, importunée, pas intéressée. Je n'ai pas à chercher d'excuses à un type qui se comporte avec moi d'une façon que je trouve déplacée. Il a transgressé mes limites, point barre. Que sa culture ou son éducation soient différentes de la mienne, ce n'est pas mon problème. Il m'est déjà d'ailleurs arrivé de remettre à leur place des hommes qui se comportaient envers moi de façon cavalière, ou désagréable, et se trouvaient vachement plus au-dessus que moi dans l'échelle sociale, se croyant tout permis de ce simple fait.

 

Mais force est de dire que cette habitude est nouvelle. Combien d'années j'ai rasé les murs, combien d'années je me suis effacée, j'ai tenté de disparaître, pour qu'on me foute la paix! Avec quels résultats? Que dalle! Même rondouillette en col roulé, ça continuait. A ceci près qu'à la place de "salope" ou "connasse" quand je fuyais sans répondre, c'était "Hé, boudin, tu pourrais être contente qu'on te regarde!" qui fusait.

 

Alors maintenant, c'est merde! Mais ce n'est pas venu tout seul. Il faut désapprendre tout ce que, toute petite, on a appris. A être polie, gentille, empathique et souriante. A être une fragile créature qui papillonne des cils, fait ses yeux de Bambi pour qu'on ne lui fasse pas de mal. Message paradoxal. Il faut ré-apprivoiser ce corps qu'on ne sait plus écouter. Apprendre à décoder ses signaux, à comprendre quand il entre en phase d'alerte. Apprendre, aussi, à maîtriser sa peur, à en faire une force, à la muer en colère froide. Apprendre à se déplier, se tenir droite, bluffer, regarder droit dans le yeux, ne pas sourire, ne pas se montrer faible ou fragile. Apprendre à répondre de façon correcte et ferme.

 

Et tout ça, je ne l'ai pas appris seule. Et je voudrais aujourd'hui remercier ces formatrices qui oeuvrent chaque jour, à Liège, et à Bruxelles, pour que les femmes, les jeunes filles, prennent pleinement leur place dans l'espace public. La place qui leur revient de droit. Merci aussi aux femmes qui suivent ces formations, et se renforcent les unes, les autres. L'empowerment, la reconquête de sa force secrète, de sa plussoyance, n'est pas un chemin solitaire, mais un chemin solidaire. Une pour toutes, toutes pour une.

 

Merci à Flo et aux Ginger, qui jour après jour nous permettent, toutes et chacune, de devenir ce que nous sommes. Et de nous respecter assez pour ne plus nous excuser d'être. De nous respecter assez pour simplement être.

 

Virginie Godet.

Partager cet article
Repost0

commentaires

Pivoine 15/08/2012 19:54

J'ai un jour été témoin d'une de ces agressions verbales en ville - rue de Rollebeek, à Bruxelles, au quartier du Sablon pourtant. Et dans le fond, de bien d'autres choses anormales, mais qui
finissent par faire partie d'un mode de vie qu'on se dit être urbain. Des types crient des insultes, depuis une voiture qui passe en trombe, on se dit qu'ils sont fous, ou saouls. Mais bon, c'est
peut-être pas le cas finalement...

Agathe 11/08/2012 10:15

Ce qui m'effare le plus, euh ... qui me met carrément hors de moi, c'est l'entreprise constante de décrédibilisation de tout ce qui se rapproche de près ou de loin au féminisme. Demandez simplement
le respect et l'égalité, et on vous traite de folle hystérique ... Enfin, c'est le fond de l'air machiste de toutes nos sociétés qui veut ça. Il y a encore un sacré boulot à abattre. Tenez bon les
filles !

laurent 10/08/2012 16:52

C’est avec effarement et il faut bien le dire peu de conviction, que j’ai pris conscience de ce que certaines (toutes ?) femmes devaient endurer. J’ai pour commencer posé les questions à ma
compagne, à mes collègues (féminines) et effectivement, mais si l’échantillon n’est pas des plus important, il est un fait certain bon nombre de mes congénères (dois-je enlever « génère ») sont des
imbéciles en puissance, des animaux de foire, des dégénérés !
Je ne sais si la phase œdipienne fut terminée en tête à queue, si les murs furent trop près du cerveau mais une chose est certaine, c’est eux qui doivent suivre une formation encore que, sont-ils
outillés pour ?

Miss B. 08/08/2012 20:27

tu sais que j't'aime toi? :)

Présentation

  • : Le blog de modelenonconforme
  • : Mes points de vue et mes images du monde. Billets de bonne et mauvaise humeur. Avis sur la course du monde, d'une militante, écologiste, féministe, bobo-gauchiste. Réfractaires à l'ironie et au second degré, prière de s'abstenir.
  • Contact

Recherche

Liens