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20 février 2017 1 20 /02 /février /2017 12:21

Alors comme ça, vous financez toutes les vilaines féministes, tout qui est un tantinet opposé aux totalitarisme, tout qui est une menace pour l'ordre moral et "NOs Valeuuuuurrrs", travail, famille, patrie, les enfants, l'Eglise et la cuisine?

J'avais déjà entendu parler de vous de loin en loin depuis une quinzaine d'année, mais force est de reconnaître qu'au début, vous me paraissiez tout sauf sympathique. Fonder le forum de Davos et spéculer sur les devises, quitte à plomber des économies entières, c'est au mieux moralement et éthiquement douteux. Voyez-vous, j'ai un peu de mal avec les personnes qui considèrent d'autres humains comme des variables d'ajustement, des chiffres dans des colonnes, des coûts à compresser. 

Mais je dois dire que depuis la crise des subprimes, vous me laissez un peu perplexe. Cette initiative de demander à payer plus d'impôts pour prendre sa part de la crise et de sa solution, respect! Même si cette mesure ne devrait pas être un one-shot, n'est-ce pas? C'est tout le temps que les gens qui ont la chance d'avoir acquis une si grande fortune ont le devoir moral de contribuer au bien commun, ne pensez-vous pas?

Vous dites? Que c'est pas comme ça chez vous, et qu'en fait ça fait longtemps que vous avez des fondations, des charities, qui elles-mêmes financent des associations sur le terrain, dans le monde entier?

Il paraît. Et croyez-moi c'est difficile de dépatouiller le vrai du faux dans tout ce qu'on raconte sur vos fameuses charities. Quand on ne prétend pas que vous financez des terroristes, voilà qu'on dit que ce sont les Femen. Ce grand démocrate de Viktor Orban a l'air d'avoir des crises de tachycardie dès qu'on prononce votre nom et Fox News (la chaîne de l'information sérieuse, approuvée par la Maison Blanche) sent poindre votre silhouette derrière tout mouvement citoyen qui ne serait pas conservateur. (Si tu veux un exemple, lecteur, il te suffit de cliquer ici, avec de vrais morceaux de Sénateurs républicains dedans).

C'est fou, mais être partout comme ça, derrière tout ce qui se bouge, tout ce qui conteste, ça me semble énorme pour un seul homme, même avec autant d'argent et des employés qui font ça pour lui. Dernièrement vous serviez d'épouvantail pour décrédibiliser la Women's March. Tout ce qui était prouvable, c'est que 50 des associations organisatrices (donc moins de la moitié) recevaient des dons de vos fondations. Soit, vous êtes mécène, vous faites des dons à qui vous voulez, tant mieux si c'est dans les associations à buts progressistes (c'est pas une gauchiasse cosmopolite comme moi qui vais trouver à y redire).

Mais voilà-t-y pas  que des zouaves qui aiment lire des médias sérieux comme Breitbart et autres déontologues de haut vol, et partager abondamment leur brillante littérature vous pointent du doigt, et hurlent que vous avez payé à chacune-chacun des participants la somme si pas rondelette du moins non-négligeable de 200$ (188€ au cours d'aujourd'hui). Si on compte que toutes et tous, y compris les stars, ont accepté la même somme (tout à fait, si c'est pour du fric et pas par idéal, Scarlett Johansson et Nathalie Portman prestent pour 200 boules, comme la serveuse du Dinner d'à côté, mais oui, mais bien entendu...), ça nous fait quand même 600 millions de dollars pour les seuls Etats-Unis, et ça monte à un milliard en incluant les manifestations de soutien à travers le monde. Pour quelqu'un dont la fortune est estimée à environ 25 milliards, certes ça peut paraître peu et en même temps c'est une dépense énorme d'un seul coup et sans certitude de résultat, non?

Alors bon, parlons peu, parlons bien, cher Monsieur-Soros-le-Vilain-à-tout-faire. J'ai mon gamin qui tourne lui aussi à la gauchiasse cosmopolite, et qui veut aller en Chine en échange culturel organisé par l'école. C'est sympathique mais pas donné et si nous vivons décemment nous ne roulons pas non plus sur l'or. D'autre part, je me suis remise à tenir ce blog de méchante féministe a priori progressiste, plutôt franchement opposée au totalitarisme dans un pays où ça comment à avoir de sales relents. Somme toute, un genre d'aiguillon, une piqûre de sale guêpe dans "NOs VAAAleUUrs" travail-famille-patrie-Eglise-gosses-cuisine-ta-geule-femme-suce.

Alors bon, quoiqu'il arrive, je continuerai à le faire. Mais franchement, si vous avez une petite somme à investir... Y'a moyen de moyenner. Je crois que je rentre dans les conditions.


Virginie Godet

Disclaimer: Attention, 25ème degré au moins inside. (Message destiné aux mal comprenants).

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12 février 2017 7 12 /02 /février /2017 13:47

Oui, si simple. Comme s'il n'y avait qu'à demander gentiment et poliment les choses pour que tout s'arrange.

La question de la désobéissance civile est tout sauf évidente. Parce qu'en effet il s'agit de se mettre en porte-à-faux avec la loi, de mettre en cause, ou en tout cas en questionnement la légitimité de l'autorité. Une autorité reste-t-elle légitime quand elle n'est pas juste? Ou quand les solutions qu'elle propose sont tout bonnement inapplicables, de simples pansements sur une jambe de bois?

Voilà ce me taraude suite à la manifestation #Reclaimthenight. Manifestation présentée dans les média comme "ayant dégénéré". Je n'ai jamais vu dégénérer une manif féministe. Aucune de celles auxquelles j'ai participé depuis bientôt 20 ans (c'état l'instant vieille conne). J'y ai toujours vu régner un esprit festif, solidaire, joyeux. A priori, il ne s'agissait pas de casseuses en puissance. Cela dit déjà assez, je pense, de la méconnaissance des mouvements sociaux par ceux-là même qui sont censés sécuriser l'espace public. Ils ne savent pas qui est en face d'eux, ils ignorent les raisons du rassemblement. Et, dans le cas présent, dans le doute, ils tapent.

Alors, bien entendu, on objectera que cette marche n'était pas autorisée. C'est un fait. C'est même tout à fait cohérent avec l'esprit du mouvement Reclaim né en Angleterre  il y a longtemps (le siècle dernier) et qui organisait des street parties sauvage afin que la population réinvestisse l'espace public, qu'il ne soit plus uniquement un espace de circulation entre deux endroits privatisés. L'endroit où tu marches entre deux cafés, entre deux magasins, un resto et un ciné. Mais un endroit aussi d'expression, de partage, qui appartient à toutes et tous, chacune et chacun. Ce qui ne veut pas dire non plus qu'on y est autorisé à se comporter comme des porcs. Bizarrement, après les Reclaim parties, les rues étaient propres, parce qu'on faisait appel au sens du bien commun des participants. Dingue, non?

Donc, dans la logique du mouvement Reclaim, on n'a pas à demander l'autorisation d'occuper un espace public qui de facto nous appartient. Et en l'occurrence pour exercer pacifiquement (ce qui ne sous-entend pas silencieusement) un droit constitutionnel. QUI PLUS EST quand il s'agit de rappeler que parmi ces citoyens qui ont le droit d'occuper l'espace public, il y a une moitié de femmes. Or, pour elles ce n'est pas toujours facile, pour des questions de sécurité. La loi contre le harcèlement étant assez mal faite pour que fort peu de plaintes aboutissent ou soient même recevables. Donc... Ah ben oui, il s'agissait de manifester pour dire aux policiers et à la justice de faire leur boulot. On peut se dire que la réaction violente vient de là. Mais non, puisque d'après des témoignages de première main, ils avaient en face d'eux des gauchistes. Rien à foutre des revendications: berseeeeerk, taaapeeeeeer (tu le vois bien le filet de bave?)

Serait-ce alors une maladie bruxelloise? Parce qu'il me semble qu'avec la police liégeoise, il a souvent été possible de discuter, de dire "Ok, on est là pour tel ou tel motif, telles raisons, on propose telle ou telle façon de faire, on reste encore tel laps de temps et puis on se disloque". Bon, ça ne marche pas toujours, mais au moins le premier contact est généralement moins violent.
Mais admettons, je vous parle d'une ville où les manifs d'extrême-droite sont interdites et réprimées. Faut-il donc croire que c'est Liège le Hell Hole, entièrement noyauté par les gauchissss jusque dans les rangs de la maréchaussée? Quelle horreur, mais quelle horreur! Ouskonvaton, ma pauv'Lucette?

Et malheureusement je crains que ce genre de discussions ne vienne à se répéter de plus en plus fréquemment. Parce que les manifestations, même pacifiques, seront de moins en moins autorisées, de moins en moins tolérées. Petit à petit nos libertés seront grignotées, comme le sont nos conquis sociaux. L'un ne va pas sans l'autre, mais comme la capacité est maintenue de pouvoir dire tout et n'importe quoi sur des espaces privés et surveillables à merci (ici même où vous me lisez, d'ailleurs), on ne se rend pas bien compte. Je peux dire tout ce que je veux sur FB, tant que personne ne me signale et que je ne montre pas mes seins, donc je suis libre. 

Mais sortir dans un espace censément public pour remettre en cause les décisions du gouvernement (et il y a de quoi faire), ça ne sera plus aussi facile, sauf à prendre l'initiative et se passer d'autorisation. C'est bête et c'est dommage. Mais c'est un fait: nos libertés constitutionnelles ne sont plus garanties. Et nous ne le voyons pas. Nous nous berçons dans l'illusions des acquis. Nous pensons que rien ne peux nous arriver puisque nous n'avons rien à nous reprocher (vous rendez-vous compte de qui est à l'origine de cette phrase? Savez-vous encore qui était Joseph Goebbels?). Que si nous sommes sages, il ne peut rien nous arriver d'affreux... Chacun enfermé dans sa petite boîte et sa petite case, respectant des normes que nous ne questionnons pas, réprouvant ceux qui dépassent du cadre, honnissant les mauvaises herbes qui ont l'outrecuidance de pousser de travers et dans une indécente joie de vivre libres.

Ne nous y trompons pas, l'opération policière contre #Reclaimthenight était une opération de maintien de l'ordre social. Malgré toutes les objections légalistes qu'on pourra y trouver, il s'agissait de remettre à leur place des personnes qui avaient l'audace de demander à ce que leurs droits soient garantis par ceux dont c'est le travail. Le droit à circuler, le droit à la sécurité, le droit à l'intégrité physique et morale. Rien de plus, rien de moins. 


Virginie Godet (concernée et consternée)

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Published by modelenonconforme - dans Être une fâââââmme. Points de vue
1 février 2017 3 01 /02 /février /2017 14:47

Tout ce qui est susceptible de mal tourner tournera nécessairement mal.

Edward Murphy, Loi de l'emmerdement maximal.

 

 

Attendez, laissez-lui une chance, vous verrez, qu'ils disaient.

Une semaine. J'ai laissé une semaine: j'ai vu. En fait, on a tous vu.
Les consternés, les désespérés, les autruches et les enthousiastes, on a tous vu.
On voit, n'en doutez pas, les prémices d'une régime totalitaire se dessiner sous nos yeux. Une autocratie.

Entre les executive orders signés à la chaîne, qui ne peuvent être cassés que par le Congrès (majoritairement républicain, c'est raté) ou la Cour Suprême (majoritairement conservatrice, pas mieux), les nominations façon télé-réalité à des charges importantes (et comme de juste, confiées à des garçons fort ouverts d'esprit comme Steve Bannon ou Neil Gorsuch) et les sorties médiatiques façon cow-boy: "Si tu veux pas du mur, tu peux rester chez toi", les limogeages, on a vu et bien vu.


Et on hésite entre la rage et la sidération. 


Parce que, outre les ravages de Sa très Orange Majesté sur son propre peuple, sur les relations internationales via  le Muslimban, il y a aussi son intention de renégocier les accords commerciaux de façon bilatérale avec les Etats membres de l'UE. On sentait le soulagement devant l'abandon du TTIP, hé bien ce sera pire.La concurrence entre les Etats sera de mise, et l'Union Européenne, avec tous les défauts qu'elle a, sera mise à mal et poussée au bord de l'explosion. On peut se demander dans quelle mesure ce n'est pas volontaire. Après tout, America first, cela consiste aussi à éliminer tout ce qui peut être perçu comme un obstacle. La potentielle unité des Européens, même si toute théorique et bien fragile, en fait partie.

Et puis cette façon d'agir arrangerait bien les "souverainistes" de tous crins (pour les appeler de façon polie). Lesquels ont depuis l'élection de novembre tendance à se décomplexer encore plus, si tant est que ce fut possible. Farage, Orban, la Walkyrie, le Caszinsky survivant ne se sentent plus, ils voient leurs rêves les plus fous se réaliser, y compris les médias quasi muselés. Quasi, puisque largement décrédibilisés, vilipendés, considérés comme le grand mal lorsqu'ils ne relatent pas comme parole d'Evangile les éructations du grand mâle et de ses sbires.

Et nous ne sommes qu'au onzième jour du règne. Murphy est dans la place. Tout baigne... 

Bon, dans cet océan de bouse, on peut se dire que oui, il y a de l'espoir. Il y en a quand tout à coup des millions de personnes réalisent qu'elles sont dans la même mouise et se mettent en réseau pour tenter de résister, même un peu. C'est positif. Pas encore assez, parce que ça prend plus de temps que de signer des executive orders en rafale, même si on se fait photographier à chaque paraphe.
Et je me mets à espérer la résurgence ce ce mouvement qui se voulait mondial, pour autre chose, autrement, mieux, plus juste, plus équitable... Comme s'il avait fallu cette claque pour se remettre à rêver.

Et cette claque ne sera pas la dernière, cf Murphy.

 

Virginie Godet (incarnation de l'optimisme)

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Published by modelenonconforme - dans Chroniques du Règne du Grand Squons
23 janvier 2017 1 23 /01 /janvier /2017 13:14

 

Jour 2 du Règne. Une marée rose déferle dans les rues des villes.

 

Washington DC, New York, Los-Angeles, Boston, Denver, Eugene, Portland, Oklahoma City, Phoenix, Providence, San Diego, Atlanta, Seattle, Salt Spring, Yellow Spring, San Francisco, Santa ana, Little Rock, Indianapolis, Spokane... La liste est non-exaustive, de grandes et de petites villes.

Le Canada, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, bien des villes en Europe, en marche aussi pour grandir le courant, l'amplifier.
 

Des personnes de tous horizons, origines sociales et culturelles,beaucoup de femmes, aussi des hommes. Enormément d'anonymes, des célébrités aussi. Toutes et tous là pour dire leurs inquiétudes, leurs craintes, leur détermination, aussi.

Les retours que j'en ai disent la force et la fierté des participantes, leur joie de se sentir soutenues, l'envie de continuer, de ne pas en rester là et l'euphorie d'être portée par le groupe. Ce sont des sentiments que je connais bien, pour les avoir déjà ressentis.



Florence, novembre 2002, premier Forum Social Européen. Un défilé qui a duré des heures, plus d'un million de personnes dans les rues d'une seule ville, le temps de faire tout le parcours, de retourner à l'hôtel et d'encore y regarder passer le défilé, longtemps. Cette manifestation, vous vous en souvenez? Sans doute pas. Pourquoi? Parce que si vous n'y étiez pas, vous n'en avez pour ainsi dire pas entendu parler. Pas un seul incident. Juste un joyeux bordel, une euphorie collective. Rien pour marquer les esprits. Rien à raconter, surtout, pour la RAI de l'époque, Tele-Berlusconi qui attendait le retour des sauvageons de Gêne. Dire "c'était festif, joyeux, constructif, pacifique"? Allons, allons, pas question de montrer les manifestants sous un jour positif. Alors? Hé bien pour faire passer cette marche dans les limbes de l'Histoire, on utilisa l'arme de l'époque: le silence. C'était l'époque des modem et des gsm à clapet, pas de Telescope, d'Instagram ou de Twitter, pas de Facebook. Impossible pour ainsi dire de communiquer en direct.



Mais aujourd'hui, alors que plus de 2 millions de participants sont autant d'internautes potentiellement utilisateurs de plusieurs réseaux sociaux? Et dans un pays dont la Constitution érige la liberté d'expression en principe fondateur? Comment fait-on pour tuer médiatiquement un mouvement? Comment procèdent tous ceux et celles que cette marche horripile, de l'ultra-droite aux exaspérants Purs qui Savent, qu'on aurait pensé favorables au mouvement, mais non, c'est pas assez bien? Hé bien en utilisant les mêmes réseaux, la même liberté garantie, et en usant de procédés aussi bêtes que les faits alternatifs (très à la mode), les rumeurs invérifiables, les vérités tronquées et le slutshaming.
 

Des exemples?

Prenons l'affiche à la femme voilée, un visuel parmi d'autres de la campagne citoyenne "We, the people", destinée à rappeler la diversité du peuple américain. Agitez cette seule affiche sous le nez de laïcs européens. Tooooooolléééééé! Oubliant à la fois de se renseigner sur l'ensemble de la campagne et le fait que le multiculturalisme anglo-saxon n'est pas l'interculturalisme sécularisé des Européens continentaux, ils s'indignent bruyamment... Au fait, les gens, vous n'êtes pas le coeur de cible de la campagne, et vous jugez selon des critères exogènes à la culture dans laquelle elle s'inscrit. Donc, j'ai envie de dire: argument non-valide.

 

Au chapitre des faits alternatifs, rumeurs et autres assertions invérifiables, les différents articles sur les personnes à la manoeuvre derrière ce mouvement. Il n'est pas possible que des femmes s'organisent et lancent un mouvement spontané, il y a certainement quelque gros vilain méchant mal intentionné là-derrière. Et paf! Chocapic! Apparaît Georges Soros, le frère caché d'Ernst Stavro-Blofeld, le mec qui est un complot mondial à lui tout seul, le type qui sert d'épouvantail à la fois à l'ultra-droite, à l'ultra-gauche et aux théoriciens du complot. Alors, certes, certains des groupes participant à la Womens March ont reçu des dons des charities du monsieur. Tous? Non. A-t-il réellement payé les participants? Ben,en tout cas pas mes connaissances et les connaissances de mes connaissances ayant participé. Bordel, quand t'es complot mondial à toi tout seul, au moins tu arroses convenablement, quoi, merde!

 

Dernier procédé intellectuellement douteux, parce qu'il mélange allègrement des questions qui n'ont rien à voir, confond sujet autonome et objet, dénie l'exercice de la citoyenneté à des femmes en se basant sur un critère non-valide: le slutshaming. Or donc, sur plusieurs millions de marcheurs et marcheuses, sur quelques dizaines de célébrités parmi elles, isolons-en 3, Madonna, Miley Cyrus et Lady Gaga, accusées de salir l'image de LA Fââââââmme bien plus qu'un chef d'Etat considérant qu'on peut choper toutes les femmes par la chatte et qu'on leur fait tout ce qu'on veut quand on a le pouvoir et l'argent. Et la présence des trois pécheresses retirerait ainsi tout crédit à l'ensemble du mouvement. Diantre, qu'auraient dit ces braves gens si on avait aperçu des actrices X? Moi je serais bien en peine de les reconnaître, mais je suis certaine que bien des puritains ont eu tout loisir d'observer leur plastique. Malheureusement pour eux, ce serait risquer de l'avouer que de pousser leurs cris d'orfraie. Quant à plutôt remarquer Emma Watson, Julianne Moore, la grande Angela Davis, le remarquable discours de Scarlett Johansson... Mais plutôt mourir ma bonne dame! Haro sur les salopes, les sorcières au bûcher! Au bûcher... 



Et pendant ce temps là

Elles marchent, ils marchent

Ils et elles continuent et y croient

Elles et ils avancent malgré l'adversité

Confiants dans leurs droits et droits dans leurs bottes

Conscients de ce qui vient, conscients de ce qui est.

Debout.


Virginie Godet (en train d'étudier ce qu'est un executive order)

 

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Published by modelenonconforme - dans Chroniques du Règne du Grand Squons
22 janvier 2017 7 22 /01 /janvier /2017 15:20

J'ai senti un grand bouleversement dans la force.
Comme si des milliers de voix s'étaient tues.

Obi-Wan-Kenobi

 

Non, personne n'est mort. Personne n'est encore mort. Pas que je sache, je ne sais pas tout.
Par contre, désormais, beaucoup se taisent, tant les temps sont violents.
Je me suis tue aussi, sidérée par cet estompement de la norme, cette impossibilité de dialoguer sereinement, de comparer des points de vue sans se bouffer la gueule.
Au bout du compte, j'ai laissé faire. Laissé dire. Autant vous dire que je ne suis pas fière.

 

An 1 du Règne du Grand Squons, jour 3. Déjà.

Et déjà ce grand bouleversement. La légitimation de toutes les violences sociales et verbales.
Magaret Mead disait qu'une minorité de gens déterminés pouvait changer les choses. C'est vrai.

C'est vrai aussi donc pour les minorités d'agités du bocal qui trustent ces machines à opinion et à insécurité émotionnelle que sont les réseaux sociaux.
C'est sous ce prisme que je compte observer le Règne. J'aimerais prendre le temps d'aller y voir moi-même, mais je ne suis plus du tout certaine que j'aurais le droit d'aller voir si j'y suis. Le premier amendement a déjà sacrément du plomb dans l'aile.
Mac Carthy's spirit's in da place.

L’Europe elle-même est déjà touchée, les supporters du grand homme (avec deux couilles, sur la table) s'arrogent tous les droits, se targuent de la science infuse, du seul vrai bon sens, celui du gars qui gueule le plus fort- et qui a donc raison, na ! Non qu'ils soient forcément les plus nombreux, mais ceux qui font le plus de bruit, usent de la brutalité verbale et de la menace, de l'ad personam et du point Staline (le Godwin de gauche). Sans oublier la palette d'insultes toutes faites sur le gauchobisounoursisme et la collaboration, car il en est qui ont en eux une impérieuse vocation de coiffeur pour dames.

 

Règne du Grand Squons, jour 3, c'est déjà le bordel. Les pro gueulent et vitupèrent. D'autres pensent sage d'attendre et de voir. Sauf que deux jours de veille et de fact checking suffisent à voir que oui, Sa Très Orange Majesté compte bien mettre toutes ses menaces à exécution. Il a même commencé alors même que nous le pensions occupé à célébrer son couronnement de banquet en banquet et de bal en bal.


Il s'assied sur la Cop21 et annonce vouloir relancer les extractions de gaz de schiste. La pollution des nappes phréatiques ? Pas important, faisons marcher l'économie d'abord. Et puis les arbres, ça ne se mange pas (réel argument d'un supporter, sur un fil info... Il doit bouffer des fruits produits sur imprimante 3D).


Affordable Care Act ? On commence à démanteler. Comme ça, pouf ! Vive la fin de l’assistanat ! Et puis ça ne concernait que la classe moyenne ! (la lower middle-class, patate!).Et puis de toute façon j'y comprends rien, mais y'a Obama dedans et ça soigne des gens mais ça coûte des sous, donc prout ! (Notons que personne ne comprend grand chose par ici à ce système, et que c'est bien de demander des infos aux gens sur place... Et même comme ça c'est pas toujours clair)


Une aide qui permettait aux pauvres et aux jeunes d' acheter leur maison, out? Nan mais, attend, c'est très sympa la caravane... Oui, même en hiver !

Suppression des aides au plan fédéral de lutte contre les violences entre partenaires (département de la Justice) ? Oh, si on ne supporte pas une trempe de temps en temps, on n'est pas digne d'un vrai mec (avec deux couilles, sur la table). Que ces enragées et ces hystériques (avec deux ovaires, à cacher) retournent faire la vaisselle et arrêtent de prendre le boulot des hommes.

Alors oui, on a raison d'être inquiet. Pour les citoyens américains et aussi pour nous.
C'est important de relire le discours d'investiture, de bien comprendre ce qui est dit, de se rendre compte de ce que ça recouvre, de ce qu'il contient comme intentions.

Jour 2, plus de 3 millions de femmes et d'hommes étaient déjà dans les rues pour dire leur intention de ne pas laisser passer tout ça. Tir de barrage dans les camps des conservateurs et des modérés autoproclamés.

Mais ça, c'est pour le prochain épisode. Où l'on apprendra que toute féministe aura désormais intérêt à prouver qu'elle a fini la vaisselle et que son certificat de virginité est toujours valable.


Chroniques du Règne du Grand Squons, jour 3, épisode 1. Où j'espère ne pas devoir les tenir plus de 4 ans. Où j'espère toujours trouver les mots pour le dire. Où j'espère ne pas me laisser submerger par toute cette haine légitimée par ce si bête et si évident processus : ceux qui crient fort font plier le nombre.

 

 

Virginie Godet, back in business.

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Published by modelenonconforme - dans Chroniques du Règne du Grand Squons
27 septembre 2016 2 27 /09 /septembre /2016 14:59

Voilà un billet qui ne va pas être facile à écrire. Et pourtant, cela fait si longtemps que je le porte en moi. Si longtemps...

Étrangement, alors que je m'apprêtais à me mettre devant le clavier, ma mère m'a téléphoné, et j'ai pu lui dire que j'allais écrire à ce sujet. J'ai été en quelque sorte un peu forcée de la prévenir, parce que je n'étais pas vraiment certaine que ce que j'allais livrer lui ferait très plaisir. Voire même, que cela allait l'attrister. Mais un moment, le mal être est si fort qu'il faut que les choses sortent, et c'est parfois plus facile de le livrer à des inconnus.

Même si ces inconnus risquent d'être choqués, eux aussi. Parce qu'il y a des choses dont on ne parle pas vraiment. Ce n'est pas caché, ce n'est pas honteux, mais ce n'est pas dit.

Puis un article est encore sorti dans la presse, parlant d'une jeune fille qui s'était suicidée parce qu'elle avait été harcelée à l'école. Harcelée parce qu'elle était différente: c'était une intello. Et ça c'est impardonnable. C'est tellement honteux que ça mérite le harcèlement jusqu'à ce que mort s'ensuive...

Il y a des différences moins bien acceptées que d'autres.
Et tout ça m'a remise face à des vécus douloureux. Face à des souvenirs de ce village où j'ai grandi, et où j'ai appris à ne pas m'aimer. Où j'ai appris que je ne valais pas grand chose, parce que je lisais trop, que je passais trop de temps seule dans les bois, parce que je jouais seule, parce que je fuyais les gens. Je n'avais pas le droit d'être timide, je n'avais pas le droit d'aimer les idées et les mots, je n'avais pas le droit de ne pas rentrer dans les cases. J'étais différente, et cela dérangeait.

Et pourtant...

Pourtant mon frère puîné aussi était différent. Son cerveau avait manqué d'oxygène à la naissance, et cela avait entraîné un énorme retard dans les apprentissages. Qu'il ait été opéré d'une hernie à l'âge de deux ou trois mois n'avait pas aidé. Il a donc été pour mes parents une grande source d’inquiétude. Et là, les gens se sont montrés pleins de compassion. Normal, vous me direz. Et du haut de mes 41 ans, je vous le dirais aussi.

Mais à l'intérieur, là où sommeillent les cicatrices, les plaies, les bosses, il y a une petite fille de 4 ans qui n'a pas compris pourquoi elle ne comptait plus. Que ce soit vrai ou pas, par ailleurs, là n'est pas la question. On ne nie pas un ressenti. On ne le nie pas, parce que ce serait une violence de plus, et les intentions de la personne en face ne changent rien au coup qui est encaissé. Comme les problèmes de son frère étaient tellement plus grave, elle a tu beaucoup de souffrances. Le harcèlement scolaire, entre autres. La douleur que lui causaient les jugements des gens du village, cette impression de n'être bonne à rien, parce qu'on ne cours pas vite, parce qu'on est maladroite, parce qu'on n'a aucune de ces qualités qui sont valorisées. On lit, on écrit, on connait par cœur des tirades entières d'auteurs classiques auxquels on ne comprend pas toujours tout. On ne fera pas une fille bonne à épouser. Elle a tu le viol, aussi...

Et c'est là que me vient cette question, parce que c'est véritablement une chose que j'ignore: alors même que les moyens manquent pour l'encadrement des enfants et des adultes handicapés, qu'est-ce qui est prévu pour leurs frères et sœurs, les dommages collatéraux? Parce que tous ne correspondent pas à cette nouvelle image d’Épinal de la gentille famille où tout le monde s'adore avec un enfant différent dedans, qui est super et que ses frères et sœurs kiffent (et même que ça doit arriver, et même que c'est très bien). Alors, ceux-là même qui vont vous développer une névrose abandonnique de derrière les fagots, cumuler des traumatismes tus, et en plus en avoir honte, vu que "eux n'ont pas de problème", on en fait quoi? On considère que ce sont naturellement des guerriers, des résilients en puissance? On décide qu'ils sont définitivement perdus? Ou qu'ils n'ont qu'à mordre sur leur chique et prendre sur eux?

Comment les gens, ceux qui vous jugent et vous jaugent et ne savent pas qui vous êtes, comment, hein, ils pensent qu'on vit, quand on apprend à ne pas s'aimer et à avoir honte de le dire, parce que vous ne devriez pas vous plaindre, il y a pire dans votre entourage proche?

Comment on fait pour apprendre à s'aimer quand on a appris qu'on ne compte pas?

Qu'est-ce qu'on en fait, des dommages collatéraux?

Virginie Godet (vous remercie pour la séance de psychanalyse gratuite, vous prie de mouler votre gaufre si ça vous choque).

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Published by modelenonconforme - dans Allô Sigmund
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8 septembre 2016 4 08 /09 /septembre /2016 08:59

Et arrête de pousser ce bouchon, ça me rend nerveuse!

Non, parce que, hein, on ne va pas se laisser bouffer le lebensraum par les premiers tondus qui passent. Alors les colonnes d'affichage libre, tu les laisse tranquilles, surtout!

Pardon? De quoi je parle? Héééé, bien, hé bien, dans l'ambiance calme et détendue de cette fin d'été, où les esprits ne s'échauffent pas du tout, du tout pour un oui ou pour un non, où la tendance à voir tout en binaire s'est enfin dissipée, où les discours extrêmes et excluants ont enfin déserté les cafés du commerce et les réseaux sociaux (tu la sens bien, là, l'ironie, lecteur?), certains groupuscules identitaires se sentent pousser des ailes et mettent l'obscurité à profit pour nuitamment occuper l'espace public. Notre espace public. MON espace public.

Il faut savoir qu'à Liège, il existe des colonnes d'affichage libre, mais plutôt destinées au socio-culturel (au sens large). C'est là qu'on appose ses annonces pour des soirées, des concerts, différents événements ou qu'on s'inquiète de la disparition de son animal de compagnie. C'est très fourre-tout. On vit parfois en passant devant de grands moments "Hein, que, quoi???", comme lorsque la colonne devant la consultation de l'ONE était recouverte de pubs pour le Salon de l’Érotisme (quand je vous dit que c'est culturel au sens très très large). Mais bref...

Or donc, dans l'ambiance déjà assez délétère comme ça qui règne en ce moment, voilà-t'y pas qu'un groupuscule identitaire s'est permis d'utiliser cet espace d'affichage public pour nous polluer la vue avec leurs messages d'amour et de paix. D'amour de ses semblables uniquement et de paix des cimetières, s'entend. Message sans ambiguïté : "Anti Immigration- On est chez nous- Génération Identitaire". Notons que c'est signé, mais que par contre il n'y a pas mention de l'éditeur responsable -mention légale, au demeurant. Non mais, tu comprends, lecteur, des fois que des riverains pas contents auraient l'idée saugrenue d'aller porter plainte pour incitation à la haine raciale (quoi? Mais évidemment qu'on y a pensé!).

Alors, je fais faire court et simple: on est chez nous aussi. Rectification en l’occurrence, ne sachant pas si ces individus habitent aussi le quartier: vous êtes chez nous, et on se passera bien de votre prose. Non, je n'ai pas envie de croiser vos ignominies en allant chercher le pain, vous polluez déjà assez bien le net comme ça. J'ai envie que mes promenades IRL soient un minimum sereines. Or, quand j'aperçois vos œuvres, ça me hérisse le poil et ça me provoque de la tachycardie.

J'ai la nausée en pensant que ces affiches sont restées quelques jours en place avant qu'elles ne soient arrachées. Mais elles ont été arrachées. Et avec des comparses, nous sommes allés les remplacer par "Anti racistes- On ne veut pas de vous (et surtout chez nous)- Génération On va pas s'taire". Oui, c'est farce, je sais. Et là question de cetteoccupation de l'affichage public à des fins politiques douteuses transmise aux autorités compétentes.

Restent d'autres questions en suspend. Nous, on a fabriqué nos affiches l'arrache (grâce soit rendue à notre graphiste-plus-rapide-que l'éclair), on les a imprimées dans un copy-service. Artisanal. Mais ces grandes A1 glacées sorties d'une imprimerie, ça doit coûter la peau du crâne, non?

Virginie Godet (riveraine mécontente).

 

 

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4 septembre 2016 7 04 /09 /septembre /2016 10:55

Ou "On peut montrer des photos de gosses morts en gros plan, ça, ça va, mais des dessins avec plusieurs niveaux de lecture, ça, c'est dégueulasse"...
Et ça, comme tout monstre cynique et cruel tel que je suis (oui, on est un monstre cynique et cruel quand on pratique l'humour noir... C'est pas de la mise à distance ni une forme de protection, paaaas du tout, repeat after me: je suis juste un épouvantable monstre cynique et cruel, et tous mes semblables avec)... Où en étais-je? Ah oui, donc, c'est quelque chose que j'ai beaucoup de mal à comprendre.
Mettons-nous d'accord sur un point: oui, le dessin de Charlie Hebdo concernant le séisme en Italie était très violent. Au fait, je me demande même pourquoi je commence par ce disclaimer. On parle de Charlie, pas du journal de Mickey.On parle d'un journal satirique resté très longtemps à lectorat limité. Lectorat dont j'ai fait partie (je me suis désabonnée quand Philippe Val a viré Siné). Le genre de truc où vous savez où vos mettez les pieds. Et c'est là que le bât blesse: c'est pas fait pour tout le monde.

Non, je ne suis pas en train de taxer ceux qui ne comprennent pas d'inintelligence. Et encore, pourquoi je me gênerais, je suis un monstre, ils l'ont dit sans ciller... Je dis juste que ce n'est pas pour eux. L'humour, c'est une gymnastique de l'esprit, certaines formes demandent de l'entraînement. Et tous n'iront pas vers le même style. Tenez, je pense avoir l'esprit Charlie, mais Marsault me fout la gerbe. Pourtant, pour un œil non habitué, ça relève du même exercice. Hé ben non, il y a une énoooorme différence au niveau du fond et de l'intention.

Un dessin de presse n'est pas un dessin comme les autres. Un dessin satirique encore moins. Il dit à la fois un fait d'actualité, mais aussi la lecture qu'en a son auteur et le journal qui le publie. Une carte du monde, une vision du monde et une façon de l'envisager et de le dire. N'achetez pas Charlie si vous voulez de la pure gaudriole et des petits bonshommes rigolos. C'est risquer de vous prendre des claques, parfois du douteux et souvent plusieurs couches dans la réflexion (comme dans les lasagnes). Et pas forcément les interprétations toutes cuites à disposition des petits oiseaux bec grand ouvert. Nope, y'a beaucoup d'implicites et de sous-entendus dans ces dessins. C'est que le dessinateur part du principe que son public possède la même grille de lecture que lui, les mêmes références.

Et dans ce cas précis, c'était très mal barré pour la team premier degré. Tout était dans l'implicite et le sous-entendu. Donc dans la provocation, non pas toute crue et toute bête. Non, dans la provocation du questionnement. Dans le dépiautage des mécanismes qui font que des gens se retrouvent à l'état de chairs écrasées sous des strates de gravats (comme dans les lasagnes). Comment ça se fait et à qui ça profite? Comment se fait-ce que dans une région à risque sismique avéré, on n'en tienne pas compte dans les constructions et les rénovations? Dans quelles conditions ce constructions se font-elles? Quid des matériaux? Quid des travailleurs? Pour quels locataires? Pour le profit de qui? Et qui est assez cruel et cynique (vraiment cruel et cynique) pour se contrefoutre totalement de ce qu'un jour ça s'effondre, ça tourne à la lasagne de chair humaine et de strates de gravats, puisque les mêmes seront aux manettes des chantiers de reconstruction.

Ce n'est donc pas le dessin qui est cruel et cynique. C'est la réalité qu'il dénonce. Le dessin tape dur et tape juste. Il fait mal, oui. Parce qu'il met le doigt juste où il faut. Mais il demande en effet quel le lecteur ait les mêmes pré-requis que le dessinateur. Et j'irai encore plus loin, l'humour étant quelque chose d'éminemment culturel, les mêmes codes. Non-sense, absurde, humour noir, provocation, mots d'esprit, ironie ou pipi-caca-bite-nichons, toute forme d'humour n'est pas commune à l'ensemble des individus. L'humour marque un gap culturel, générationnel, voire social. Une question d'époque, de lieu. Ceci explique sans doute que, suite au traumatisme, ce dessin soit très mal perçu en Italie. C'est normal. Mais est-ce pour autant une raison pour lapider les personnes qui partagent les codes de l'auteur, et en faire d'office des monstres?

On me demande régulièrement de faire preuve de compréhension envers les personnes qui ont besoin de voir des images choc (pas des symbolisation, pas des lectures, pas des interprétations, non, l'image toute crue) pour réaliser un drame. Pour que ça parle à leurs tripes, à leurs émotions. Je veux bien l'entendre.

Mais en quoi, du coup, apprécier les images, interprétations, symbolisations qui parlent à mon intellect est-il moins respectabls? Est-ce parce qu'elles sont moins directement compréhensibles? Est-ce parce qu'elles sont destinées à un nombre plus restreint de personnes? Du coup, elles sont forcément plus clivantes que le premier degré tout cru, puisqu'elles exigent des clés de compréhension communes? Le problème ne vient-il pas simplement du fait que sont jetés à la face du monde des contenus autrefois circonscrits à un lectorat qui faisait la démarche de l'achat et savait ce qu'il achetait. L'importante question de "qui est l'émetteur, d'où parle-t-il, à qui, quelle est son intention"?

Toutes questions qu'il est bon de se poser avant d'aborder un texte, un dessin, un film. Histoire de savoir si c'est pour soi, si on a les clefs de compréhension, les bons codes...

Virginie Godet... (Élitiste, en plus, cette pétasse)

Post scriptum: des âmes bien intentionnées ayant trouvé tout à fait normal de me souhaiter la mort de mes enfants sur les réseaux sociaux, je me permet de les renvoyer à l'article ci-dessous, qui dit tout mon amour à l'égard de ces anges purs, radieux et dispensateurs de justice:

http://modelenonconforme.over-blog.com/2015/06/les-purs-et-les-cornacs-des-olifants.html

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2 septembre 2016 5 02 /09 /septembre /2016 14:30

Jusque quand? Combien de fois? Combien de milliards sacrifiés sur l'autel d'emplois illusoires, combien de familles sacrifiées sur l'autel de dividendes substantiels?

Combien de manque à gagner dans la caisse commune, maintenant bien nécessaire à ceux qui perdent les emplois, que les cadeaux faits à Caterpillar ont privée des rentrées nécessaires? (Caterpillar aujourd'hui, Mittal hier, qui demain? On a toujours fait comme ça, ma bonne dame!)

Quousque tandem? Jusque quand?

Combien de cadeaux pour combien de familles dans la dèche? Combien de familles dans la dèche pour ouvrir les yeux? Pour s'apercevoir que non, non et non, ça ne fonctionne plus.
Pour s'apercevoir que ça ne fonctionne plus et que la solution de rechange n'existe pas. Pas encore. Pas dans ce qui existe déjà ou a déjà été essayé.

Et en tout cas pas dans la soumission dans ce qui n'est, ce qui ne devrait être qu'un moyen. Pas une fin. Pas la forme ultime de puissance. Et quelle puissance? quel pouvoir? Celui d'écraser et de contraindre, de forcer ou d'évincer, de détruire. Beau pouvoir que celui-là, qui enferme et isole, au bout du compte, dans une fosse aux lions où chacun est votre égal et votre ennemi, votre allié et celui à abattre, tour à tour ou simultanément. Et s'il faut l'abattre, ce sera au prix du sacrifices des milliers de moucherons que vous employez après avoir promis monts et merveilles. Mais ce n'est pas grave, ce ne sont que des moucherons, et ils ne sont pas à prendre en considération, ils ne jouent pas dans la fosse aux lions. Ils ne sont pas des égaux à abattre. Ils sont tout au plus des pions, même pas, des chiffres, des coûts... D'une main, on écrase les moucherons, de l'autre, on ramasse les dividendes. Et on se félicite du beau coup entre maîtres du monde, avant le prochain coup, la prochaine partie, les prochaines hécatombes de moucherons et les prochains dividendes.

Quousque tandem? Jusque quand?

Quand se rendra-t-on compte que ce n'est pas cela, la nature humaine? Que la "loi de la jungle" a ses limites? Que Darwin n'a jamais dit ça? Que si l'humain, créature entre toutes la plus fragile étant donné que son petit est un néotène (il naît plus que vulnérable et prend des années à être fini), a survécu, c'est avant tout grâce à sa capacité à s'associer, à collaborer. C'est donc son aptitude à la solidarité, à prendre en compte les plus faibles qui a fait que l'humain est toujours là. Et la course effrénée au profit, la vitesse qu'elle a pris depuis 400 ans, le sprint final entamé il y a 200 ans nous mènent droit dans le mur.

Quousque tandem? Jusque quand? Quand freinera-t-on parce que nous aurons vu le mur? Combien de familles, de vies encore sacrifiées sur l'autel d'une guerre d'ego qui ne nous concerne pas? Mis sur le côtés, au rebus, pour que les habitants de la fosse aux lions se repaissent de victimes encore plus offertes, encore plus exploitables, et ainsi de suite jusqu'à l'usure?

Quousque tandem?

Virginie Godet (abuse de votre patience)

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25 août 2016 4 25 /08 /août /2016 13:50

Oh merde! Sonia Rykiel, maintenant...


Encore un modèle qui s'en va. Si peu de temps après Benoîte Groult, et après avoir eu chaud aux miches pour Simone Veil (qui a l'air d'aller mieux).


Hasard? Perturbante coïncidence? Ces morts arrivent à une période où je fais un peu le bilan, où je me demande où j'en suis. Qu'est-ce que j'ai fait de ces "dons", de ces aptitudes, de ces potentialités que j'avais étant jeune? Elle en est où la gamine qui oubliait de dormir parce qu'elle lisait, qu'elle écrivait? La petite fille qui jouait pendant des heures avec un vieux mannequin de couturière et des chutes de tissu? L'ado qui récitait par cœur le monologue de Phèdre (Ce n'est plus une ardeur en mon âme cachée, c'est Vénus toute entière à sa proie attachée)?

Qu'est-ce que je dirais à cette jeune fille, si je la croisais? Tu es morte étouffée par les convenances et les attentes des autres - du moins les attentes que je croyais qu’ils avaient? Je t'ai abandonnée pour mettre sur moi le masque de la respectabilité? Je t'ai oubliée parce que tu exigeais trop? Ou alors "Je t'ai laissé dormir le temps de panser les plaies... tu peux te réveiller maintenant, il n'est pas trop tard"?

J'ai furieusement envie, viscéralement besoin, d'opter pour la dernière formule. Et en cela, que ferais-je d'autre que ces modèles qui me sont chers? Parce que toutes, au bout du compte, sont révélées "sur le tard".

Groult a écrit son premier roman à 40 ans. Rykiel a fondé sa maison à 38 ans. Ces petites chrysalides de la bourgeoisie ont pris le temps, et lorsque les papillons ont éclos, ils détonnaient dans leur milieu d'origine. Ils étaient flamboyants, chacun à leur manière. Mais avec pour point commun l'élégance, la liberté, l'amour des mots, un refus des carcans...

Oh bien entendu, elles ne sont jamais vraiment, vraiment sorties de leurs milieux. Mais elles y détonnaient vraiment.

Un jour, un ami du Zhomme m'a fait remarquer que mes modèles étaient toutes des bourgeoises blanches. Je vais y ajouter une couche: elles sont toutes furieusement germanopratines. Bourgeoises et bohèmes. Sauf peut-être Simone Veil, pas bohème du tout, j'admets. Elle, c'est un cas à part. Mais oui, toutes bourgeoises et blanches, soit.

Je dirais qu'il y a une différence entre les personnes qu'on admire et celles que l'on prend pour modèle. Un modèle est quelqu'un à qui on s'identifie. Il y a des des personnes que j'admire profondément, mais je ne peux pas m'y identifier. Je ne peux pas me raccrocher à leur expérience de vie, c'est un fait. Pas de similarités. Mais elles n'en restent pas moins des êtres inspirants.

Donc, oui, les modèles, quelque part, on y retrouve toujours quelque chose de soi, auquel se raccrocher. Et les miens (les miennes, devrais-je dire) ont en commun une certaine éducation - réussie ou pas, la question n'est pas là... Et puis qu'est-ce q'une éducation réussie? Ex-ducere voulant dire "conduire hors", elle est peut-être réussie quand on parvient à sortir des carcans imposés, ou à en jouer. Une éducation tributaire d'un certain milieu. On n'échappe jamais vraiment à son enfance, et même lorsqu'on se construit en opposition, c'est toujours par rapport à cette éducation.

Bourgeoise blanche, donc. Petit bourgeoise de province, même. Et alors? Tant pis, tant mieux. L'éducation est là. Elle m'a mis des freins, elle m'a donné des clefs. Sans elle, je n'aurais pas tant aimé lire, écrire. Sans elle, sans ma grand-mère toujours si élégante, je n'aurais pas eu, sans doute, le goût des belles matières et des coupes architecturées. Sans cette foutue éducation, je n'aurais pas rêvé à 13, 14 ans, d'un jour jouer Phèdre dans la cour du Palais des Papes, ou de recevoir le Prix Goncourt.

Alors, à présent, cette gamine qui voulait bouffer le monde, j'ai envie de la réveiller. Certes, elle devra revoir ses ambitions à la baisse, les accidents de la vie, les fissures, les plaies, ayant fait leur chemin. Elles ont laissé ici et là des peurs. Ces peurs, elles vont gentiment aller se faire lanlère, on fera le nécessaire. Et si elle peut désormais sortir du cocon où je la tenais endormie, c'est sans doute, c'est surement, parce que ces femmes extraordinaires m'ont appris qu'il n'était jamais trop tard, que la force est en nous, qu'il faut chercher sa source. Aimer, créer, ne jamais se contenter de... On verra de quelle couleur sera le papillon.

Virginie Godet (De victimes elle-même à chaque heure entourée, cherchait dans leurs flancs sa raison égarée, poufpoufpouf)

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