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8 septembre 2016 4 08 /09 /septembre /2016 08:59

Et arrête de pousser ce bouchon, ça me rend nerveuse!

Non, parce que, hein, on ne va pas se laisser bouffer le lebensraum par les premiers tondus qui passent. Alors les colonnes d'affichage libre, tu les laisse tranquilles, surtout!

Pardon? De quoi je parle? Héééé, bien, hé bien, dans l'ambiance calme et détendue de cette fin d'été, où les esprits ne s'échauffent pas du tout, du tout pour un oui ou pour un non, où la tendance à voir tout en binaire s'est enfin dissipée, où les discours extrêmes et excluants ont enfin déserté les cafés du commerce et les réseaux sociaux (tu la sens bien, là, l'ironie, lecteur?), certains groupuscules identitaires se sentent pousser des ailes et mettent l'obscurité à profit pour nuitamment occuper l'espace public. Notre espace public. MON espace public.

Il faut savoir qu'à Liège, il existe des colonnes d'affichage libre, mais plutôt destinées au socio-culturel (au sens large). C'est là qu'on appose ses annonces pour des soirées, des concerts, différents événements ou qu'on s'inquiète de la disparition de son animal de compagnie. C'est très fourre-tout. On vit parfois en passant devant de grands moments "Hein, que, quoi???", comme lorsque la colonne devant la consultation de l'ONE était recouverte de pubs pour le Salon de l’Érotisme (quand je vous dit que c'est culturel au sens très très large). Mais bref...

Or donc, dans l'ambiance déjà assez délétère comme ça qui règne en ce moment, voilà-t'y pas qu'un groupuscule identitaire s'est permis d'utiliser cet espace d'affichage public pour nous polluer la vue avec leurs messages d'amour et de paix. D'amour de ses semblables uniquement et de paix des cimetières, s'entend. Message sans ambiguïté : "Anti Immigration- On est chez nous- Génération Identitaire". Notons que c'est signé, mais que par contre il n'y a pas mention de l'éditeur responsable -mention légale, au demeurant. Non mais, tu comprends, lecteur, des fois que des riverains pas contents auraient l'idée saugrenue d'aller porter plainte pour incitation à la haine raciale (quoi? Mais évidemment qu'on y a pensé!).

Alors, je fais faire court et simple: on est chez nous aussi. Rectification en l’occurrence, ne sachant pas si ces individus habitent aussi le quartier: vous êtes chez nous, et on se passera bien de votre prose. Non, je n'ai pas envie de croiser vos ignominies en allant chercher le pain, vous polluez déjà assez bien le net comme ça. J'ai envie que mes promenades IRL soient un minimum sereines. Or, quand j'aperçois vos œuvres, ça me hérisse le poil et ça me provoque de la tachycardie.

J'ai la nausée en pensant que ces affiches sont restées quelques jours en place avant qu'elles ne soient arrachées. Mais elles ont été arrachées. Et avec des comparses, nous sommes allés les remplacer par "Anti racistes- On ne veut pas de vous (et surtout chez nous)- Génération On va pas s'taire". Oui, c'est farce, je sais. Et là question de cetteoccupation de l'affichage public à des fins politiques douteuses transmise aux autorités compétentes.

Restent d'autres questions en suspend. Nous, on a fabriqué nos affiches l'arrache (grâce soit rendue à notre graphiste-plus-rapide-que l'éclair), on les a imprimées dans un copy-service. Artisanal. Mais ces grandes A1 glacées sorties d'une imprimerie, ça doit coûter la peau du crâne, non?

Virginie Godet (riveraine mécontente).

 

 

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4 septembre 2016 7 04 /09 /septembre /2016 10:55

Ou "On peut montrer des photos de gosses morts en gros plan, ça, ça va, mais des dessins avec plusieurs niveaux de lecture, ça, c'est dégueulasse"...
Et ça, comme tout monstre cynique et cruel tel que je suis (oui, on est un monstre cynique et cruel quand on pratique l'humour noir... C'est pas de la mise à distance ni une forme de protection, paaaas du tout, repeat after me: je suis juste un épouvantable monstre cynique et cruel, et tous mes semblables avec)... Où en étais-je? Ah oui, donc, c'est quelque chose que j'ai beaucoup de mal à comprendre.
Mettons-nous d'accord sur un point: oui, le dessin de Charlie Hebdo concernant le séisme en Italie était très violent. Au fait, je me demande même pourquoi je commence par ce disclaimer. On parle de Charlie, pas du journal de Mickey.On parle d'un journal satirique resté très longtemps à lectorat limité. Lectorat dont j'ai fait partie (je me suis désabonnée quand Philippe Val a viré Siné). Le genre de truc où vous savez où vos mettez les pieds. Et c'est là que le bât blesse: c'est pas fait pour tout le monde.

Non, je ne suis pas en train de taxer ceux qui ne comprennent pas d'inintelligence. Et encore, pourquoi je me gênerais, je suis un monstre, ils l'ont dit sans ciller... Je dis juste que ce n'est pas pour eux. L'humour, c'est une gymnastique de l'esprit, certaines formes demandent de l'entraînement. Et tous n'iront pas vers le même style. Tenez, je pense avoir l'esprit Charlie, mais Marsault me fout la gerbe. Pourtant, pour un œil non habitué, ça relève du même exercice. Hé ben non, il y a une énoooorme différence au niveau du fond et de l'intention.

Un dessin de presse n'est pas un dessin comme les autres. Un dessin satirique encore moins. Il dit à la fois un fait d'actualité, mais aussi la lecture qu'en a son auteur et le journal qui le publie. Une carte du monde, une vision du monde et une façon de l'envisager et de le dire. N'achetez pas Charlie si vous voulez de la pure gaudriole et des petits bonshommes rigolos. C'est risquer de vous prendre des claques, parfois du douteux et souvent plusieurs couches dans la réflexion (comme dans les lasagnes). Et pas forcément les interprétations toutes cuites à disposition des petits oiseaux bec grand ouvert. Nope, y'a beaucoup d'implicites et de sous-entendus dans ces dessins. C'est que le dessinateur part du principe que son public possède la même grille de lecture que lui, les mêmes références.

Et dans ce cas précis, c'était très mal barré pour la team premier degré. Tout était dans l'implicite et le sous-entendu. Donc dans la provocation, non pas toute crue et toute bête. Non, dans la provocation du questionnement. Dans le dépiautage des mécanismes qui font que des gens se retrouvent à l'état de chairs écrasées sous des strates de gravats (comme dans les lasagnes). Comment ça se fait et à qui ça profite? Comment se fait-ce que dans une région à risque sismique avéré, on n'en tienne pas compte dans les constructions et les rénovations? Dans quelles conditions ce constructions se font-elles? Quid des matériaux? Quid des travailleurs? Pour quels locataires? Pour le profit de qui? Et qui est assez cruel et cynique (vraiment cruel et cynique) pour se contrefoutre totalement de ce qu'un jour ça s'effondre, ça tourne à la lasagne de chair humaine et de strates de gravats, puisque les mêmes seront aux manettes des chantiers de reconstruction.

Ce n'est donc pas le dessin qui est cruel et cynique. C'est la réalité qu'il dénonce. Le dessin tape dur et tape juste. Il fait mal, oui. Parce qu'il met le doigt juste où il faut. Mais il demande en effet quel le lecteur ait les mêmes pré-requis que le dessinateur. Et j'irai encore plus loin, l'humour étant quelque chose d'éminemment culturel, les mêmes codes. Non-sense, absurde, humour noir, provocation, mots d'esprit, ironie ou pipi-caca-bite-nichons, toute forme d'humour n'est pas commune à l'ensemble des individus. L'humour marque un gap culturel, générationnel, voire social. Une question d'époque, de lieu. Ceci explique sans doute que, suite au traumatisme, ce dessin soit très mal perçu en Italie. C'est normal. Mais est-ce pour autant une raison pour lapider les personnes qui partagent les codes de l'auteur, et en faire d'office des monstres?

On me demande régulièrement de faire preuve de compréhension envers les personnes qui ont besoin de voir des images choc (pas des symbolisation, pas des lectures, pas des interprétations, non, l'image toute crue) pour réaliser un drame. Pour que ça parle à leurs tripes, à leurs émotions. Je veux bien l'entendre.

Mais en quoi, du coup, apprécier les images, interprétations, symbolisations qui parlent à mon intellect est-il moins respectabls? Est-ce parce qu'elles sont moins directement compréhensibles? Est-ce parce qu'elles sont destinées à un nombre plus restreint de personnes? Du coup, elles sont forcément plus clivantes que le premier degré tout cru, puisqu'elles exigent des clés de compréhension communes? Le problème ne vient-il pas simplement du fait que sont jetés à la face du monde des contenus autrefois circonscrits à un lectorat qui faisait la démarche de l'achat et savait ce qu'il achetait. L'importante question de "qui est l'émetteur, d'où parle-t-il, à qui, quelle est son intention"?

Toutes questions qu'il est bon de se poser avant d'aborder un texte, un dessin, un film. Histoire de savoir si c'est pour soi, si on a les clefs de compréhension, les bons codes...

Virginie Godet... (Élitiste, en plus, cette pétasse)

Post scriptum: des âmes bien intentionnées ayant trouvé tout à fait normal de me souhaiter la mort de mes enfants sur les réseaux sociaux, je me permet de les renvoyer à l'article ci-dessous, qui dit tout mon amour à l'égard de ces anges purs, radieux et dispensateurs de justice:

http://modelenonconforme.over-blog.com/2015/06/les-purs-et-les-cornacs-des-olifants.html

2 septembre 2016 5 02 /09 /septembre /2016 14:30

Jusque quand? Combien de fois? Combien de milliards sacrifiés sur l'autel d'emplois illusoires, combien de familles sacrifiées sur l'autel de dividendes substantiels?

Combien de manque à gagner dans la caisse commune, maintenant bien nécessaire à ceux qui perdent les emplois, que les cadeaux faits à Caterpillar ont privée des rentrées nécessaires? (Caterpillar aujourd'hui, Mittal hier, qui demain? On a toujours fait comme ça, ma bonne dame!)

Quousque tandem? Jusque quand?

Combien de cadeaux pour combien de familles dans la dèche? Combien de familles dans la dèche pour ouvrir les yeux? Pour s'apercevoir que non, non et non, ça ne fonctionne plus.
Pour s'apercevoir que ça ne fonctionne plus et que la solution de rechange n'existe pas. Pas encore. Pas dans ce qui existe déjà ou a déjà été essayé.

Et en tout cas pas dans la soumission dans ce qui n'est, ce qui ne devrait être qu'un moyen. Pas une fin. Pas la forme ultime de puissance. Et quelle puissance? quel pouvoir? Celui d'écraser et de contraindre, de forcer ou d'évincer, de détruire. Beau pouvoir que celui-là, qui enferme et isole, au bout du compte, dans une fosse aux lions où chacun est votre égal et votre ennemi, votre allié et celui à abattre, tour à tour ou simultanément. Et s'il faut l'abattre, ce sera au prix du sacrifices des milliers de moucherons que vous employez après avoir promis monts et merveilles. Mais ce n'est pas grave, ce ne sont que des moucherons, et ils ne sont pas à prendre en considération, ils ne jouent pas dans la fosse aux lions. Ils ne sont pas des égaux à abattre. Ils sont tout au plus des pions, même pas, des chiffres, des coûts... D'une main, on écrase les moucherons, de l'autre, on ramasse les dividendes. Et on se félicite du beau coup entre maîtres du monde, avant le prochain coup, la prochaine partie, les prochaines hécatombes de moucherons et les prochains dividendes.

Quousque tandem? Jusque quand?

Quand se rendra-t-on compte que ce n'est pas cela, la nature humaine? Que la "loi de la jungle" a ses limites? Que Darwin n'a jamais dit ça? Que si l'humain, créature entre toutes la plus fragile étant donné que son petit est un néotène (il naît plus que vulnérable et prend des années à être fini), a survécu, c'est avant tout grâce à sa capacité à s'associer, à collaborer. C'est donc son aptitude à la solidarité, à prendre en compte les plus faibles qui a fait que l'humain est toujours là. Et la course effrénée au profit, la vitesse qu'elle a pris depuis 400 ans, le sprint final entamé il y a 200 ans nous mènent droit dans le mur.

Quousque tandem? Jusque quand? Quand freinera-t-on parce que nous aurons vu le mur? Combien de familles, de vies encore sacrifiées sur l'autel d'une guerre d'ego qui ne nous concerne pas? Mis sur le côtés, au rebus, pour que les habitants de la fosse aux lions se repaissent de victimes encore plus offertes, encore plus exploitables, et ainsi de suite jusqu'à l'usure?

Quousque tandem?

Virginie Godet (abuse de votre patience)

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25 août 2016 4 25 /08 /août /2016 13:50

Oh merde! Sonia Rykiel, maintenant...


Encore un modèle qui s'en va. Si peu de temps après Benoîte Groult, et après avoir eu chaud aux miches pour Simone Veil (qui a l'air d'aller mieux).


Hasard? Perturbante coïncidence? Ces morts arrivent à une période où je fais un peu le bilan, où je me demande où j'en suis. Qu'est-ce que j'ai fait de ces "dons", de ces aptitudes, de ces potentialités que j'avais étant jeune? Elle en est où la gamine qui oubliait de dormir parce qu'elle lisait, qu'elle écrivait? La petite fille qui jouait pendant des heures avec un vieux mannequin de couturière et des chutes de tissu? L'ado qui récitait par cœur le monologue de Phèdre (Ce n'est plus une ardeur en mon âme cachée, c'est Vénus toute entière à sa proie attachée)?

Qu'est-ce que je dirais à cette jeune fille, si je la croisais? Tu es morte étouffée par les convenances et les attentes des autres - du moins les attentes que je croyais qu’ils avaient? Je t'ai abandonnée pour mettre sur moi le masque de la respectabilité? Je t'ai oubliée parce que tu exigeais trop? Ou alors "Je t'ai laissé dormir le temps de panser les plaies... tu peux te réveiller maintenant, il n'est pas trop tard"?

J'ai furieusement envie, viscéralement besoin, d'opter pour la dernière formule. Et en cela, que ferais-je d'autre que ces modèles qui me sont chers? Parce que toutes, au bout du compte, sont révélées "sur le tard".

Groult a écrit son premier roman à 40 ans. Rykiel a fondé sa maison à 38 ans. Ces petites chrysalides de la bourgeoisie ont pris le temps, et lorsque les papillons ont éclos, ils détonnaient dans leur milieu d'origine. Ils étaient flamboyants, chacun à leur manière. Mais avec pour point commun l'élégance, la liberté, l'amour des mots, un refus des carcans...

Oh bien entendu, elles ne sont jamais vraiment, vraiment sorties de leurs milieux. Mais elles y détonnaient vraiment.

Un jour, un ami du Zhomme m'a fait remarquer que mes modèles étaient toutes des bourgeoises blanches. Je vais y ajouter une couche: elles sont toutes furieusement germanopratines. Bourgeoises et bohèmes. Sauf peut-être Simone Veil, pas bohème du tout, j'admets. Elle, c'est un cas à part. Mais oui, toutes bourgeoises et blanches, soit.

Je dirais qu'il y a une différence entre les personnes qu'on admire et celles que l'on prend pour modèle. Un modèle est quelqu'un à qui on s'identifie. Il y a des des personnes que j'admire profondément, mais je ne peux pas m'y identifier. Je ne peux pas me raccrocher à leur expérience de vie, c'est un fait. Pas de similarités. Mais elles n'en restent pas moins des êtres inspirants.

Donc, oui, les modèles, quelque part, on y retrouve toujours quelque chose de soi, auquel se raccrocher. Et les miens (les miennes, devrais-je dire) ont en commun une certaine éducation - réussie ou pas, la question n'est pas là... Et puis qu'est-ce q'une éducation réussie? Ex-ducere voulant dire "conduire hors", elle est peut-être réussie quand on parvient à sortir des carcans imposés, ou à en jouer. Une éducation tributaire d'un certain milieu. On n'échappe jamais vraiment à son enfance, et même lorsqu'on se construit en opposition, c'est toujours par rapport à cette éducation.

Bourgeoise blanche, donc. Petit bourgeoise de province, même. Et alors? Tant pis, tant mieux. L'éducation est là. Elle m'a mis des freins, elle m'a donné des clefs. Sans elle, je n'aurais pas tant aimé lire, écrire. Sans elle, sans ma grand-mère toujours si élégante, je n'aurais pas eu, sans doute, le goût des belles matières et des coupes architecturées. Sans cette foutue éducation, je n'aurais pas rêvé à 13, 14 ans, d'un jour jouer Phèdre dans la cour du Palais des Papes, ou de recevoir le Prix Goncourt.

Alors, à présent, cette gamine qui voulait bouffer le monde, j'ai envie de la réveiller. Certes, elle devra revoir ses ambitions à la baisse, les accidents de la vie, les fissures, les plaies, ayant fait leur chemin. Elles ont laissé ici et là des peurs. Ces peurs, elles vont gentiment aller se faire lanlère, on fera le nécessaire. Et si elle peut désormais sortir du cocon où je la tenais endormie, c'est sans doute, c'est surement, parce que ces femmes extraordinaires m'ont appris qu'il n'était jamais trop tard, que la force est en nous, qu'il faut chercher sa source. Aimer, créer, ne jamais se contenter de... On verra de quelle couleur sera le papillon.

Virginie Godet (De victimes elle-même à chaque heure entourée, cherchait dans leurs flancs sa raison égarée, poufpoufpouf)

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16 août 2016 2 16 /08 /août /2016 15:48

Alors là, mes chéris, mes agneaux, si vous ne voulez aaaaa-bso-lu-ment pas que je lise un article que vous partagez, c'est l'intro qu'il vous faut mettre. Enfin, ça, ou insérer en commentaire un lien tout cru, tout nu, tout seul. Même si ça m'est déjà arrivé de le faire, j'essaie le plus souvent d'éviter. Nan mais, franchement, ça ne donne pas envie.

Je sais pas, moi, foulez-vous un peu. Introduisez un minimum le brol. Ne serait-ce qu'un simple "je pense que ceci peut apporter des informations intéressantes". Le genre de truc qui sonnerait nettement moins "ta gueule, ignare", non? Non?

Après tout, on peut ne pas être d'accord. On peut apporter du grain à moudre au moulin du débat. Voir même, on peut convaincre un contradicteur. MAIS, est-ce bien utile de le mépriser d'entrée? Est-ce bien productif comme façon de faire? Je ne le pense pas.

Or donc, comme je le disais plus haut, introduire un partage par "à méditer", on a difficilement idée à quel point ça me braque - et je ne pense pas être la seule. Idéalement, ce serait même super bien de donner son point de vue sur l'article, la vidéo qu'on partage, même pour marquer son plein accord. Dire un peu de quoi ça parle, exprimer ses doutes, ses désaccords, ce qui nous a fait réagir, ce en quoi on considère que cela peut être instructif. Voire même en rire ou ironiser (sur le fond du texte, pas à propos des contradicteurs, je vous vois venir, bande de moules!), c'est pas un soucis... Mais bon sang de bonsoir, les gens, donnez un peu envie d'ouvrir ce que vous partagez!

Qui sait, ça peut même contribuer à, si pas dépassionner, au moins apaiser les débats... Dans lesquels, ces derniers temps, j'ai de plus en plus de mal à intervenir. Pas que je n'ai ni idée, ni avis, ni argument... Juste pas trop envie de tâter de l'agressivité ambiante. La petite haine qui monte, qui monte, qui monte...

Virginie Godet (méditative, si je veux!)

21 juin 2016 2 21 /06 /juin /2016 12:47

Très, très chère Benoîte.
La nouvelle de votre mort m'emplit d'une tristesse à laquelle je ne m'attendais pas. Sans doute parce que je perds en vous un modèle, une très grande sœur, un membre de ma « famille d'âme ».

Depuis mes 15 ans, je vous porte dans mon cœur. J'avais alors lu « Les trois-quarts du temps », récit de la transformation d'une chrysalide gauche et forte en thème en un papillon libre de sa propre vie et de son propre corps. Libre de penser, d'écrire, d'aimer hors des carcans imposés par son éducation. Libre d'être elle-même et plus ce que ses parents, son milieu, les terribles pressions de sa mère pour en faire « quelqu'un » selon ses désirs, voulaient qu'elle soit.

Ce n'est que plus tard que j'ai appris que ce récit qui me parlait tant était celui de votre vie.

Puis il y eut Ainsi soit-elle , Le Féminin pluriel, Les Vaisseaux du cœur, Pauline Roland, ou comment la liberté vint aux femmes et le reste. Plonger avec délice dans ces pages toutes pleines de cet esprit lucide, caustique. Car il vous importait de toujours rire. Ricaner, vitupérer, râler de bon cœur. Un bon sale rire qui exorcise les malheurs des femmes de tout temps et en tout lieu. Rire pour ne pas pleurer. Rire parce que c'est résister.

Ah si vous saviez à quel point votre rire, votre plume légère et acide m'ont aidée à me construire. Comme votre joie de vivre m'a aidée à me sentir moins impuissante. Comme le récit de votre lent parcours vers vous-même, Benoîte, et plus Zazate-de-la-rue-Vaneau, m'a donné la patience et le courage de me chercher (tout en n'y arrivant pas toujours, mais baste ! Les femmes vivent vieilles dans ma famille, j'en ai encore pour au moins 45 ans à pouvoir tâtonner).

Mais il ne s'agissait pas que de se trouver soi-même. Encore fallait-il accompagner d'autres sur ce difficile chemin. Encore fallait-il combattre pour que les conditions soient remplies pour que toutes puissent prendre ce chemin. Là encore, c'est de façon si enlevée, si pleine de panache et de joyeuse intelligence. Cette ironie mordante qui vous allait si bien. Plutôt que quémander, mettre en lumière tout le ridicule de la situation, son illogisme, son injustice.

Chère, très chère Benoîte, de tout cela et plus encore, je voudrais vous remercier.

Pour les livres, pour les combats, pour les rires et pour le courage.

J'aimerais tant vous ressembler quand je serai grande...


Virginie Godet (triste comme si elle avait perdu une tante à la mode de Bretagne)

Published by modelenonconforme - dans Être une fâââââmme.
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23 mai 2016 1 23 /05 /mai /2016 14:07

J'ai bien écrit oppresse, pas opprime.

Penser par soi-même, faire ses propres choix, parfois hors des limites rassurantes d'une normalité dont on ne sait toujours pas qui en décide.Aller vers l'Autre, vers le différent, concevoir que cette altérité n'est pas forcément une menace. Aller au-delà de ses préjugés et de son éducation, de ses pré-conçus.

Tout ceci est difficile. Et cette réflexion est en moi de plus en plus présente, prégnante, en regard de ce qui se passe dans notre vieille Europe, soi-disant phare des libertés. La Pologne, la Hongrie, le Danemark.
Peut-être l'Autriche (à l'heure où j'écris, les résultats finaux ne sont pas encore tombés ; mais il n'empêche que 50/50, c'est trop... Pour moi c'est trop, et je vois tant de gens qui ont l'air de s'en réjouir).

J’essaye de comprendre. Je tâtonne, je lis, je discute. Qu'est-ce qui fait que des populations se jettent dans les bras de groupes politiques qui leur offrent du prêt-à-penser, du prêt-à-vivre. Se laisser bercer par le ronron rassurant du totalitarisme. Pas une tête qui dépasse et les vaches seront bien gardées. Tout cela me donne le vertige, et une sacrée peur au ventre. Je me souviens du temps où je me prenais des claques parce que j'aimais trop apprendre. Je ressens encore la violence de la norme établie (Par qui ? Pourquoi?)

Le truc rassurant, c'est que je ne suis pas la seule à m'interroger. Et que des amis m'ont permis de me jeter tête première dans une expérience inédite. Parce que pour bien comprendre, il est parfois nécessaire de ressentir. De se mettre à la place de... D'entrer dans la tête, dans la peau de quelqu'un avec qui on n'est pas, on ne sera jamais d'accord.

Alors, voilà, pendant 9 heures, j'ai été une nazi. Une égérie du NSDAP. Quand tout a été fini, je me suis sentie sale, et j'ai passé des plombes à demander pardon aux gens autour de moi. J'ai été parfaitement infecte. C'était le jeu. Mais j'ai mieux compris les mécanismes à l’œuvre, et non, je n'excuse pas pour autant. Mais j'arrive à expliquer comment on en arrive là (et peut-être ce qu'il y aurait moyen de faire pour l'éviter).

Comment j'ai fait ? Par le truchement du GN (jeu de rôle grandeur nature). Un GN expérimental, dans l'univers d'un cabaret berlinois des années 1930.

Alors que dans les différents univers explorés, je joue souvent des grandes dames à tendance sacrificielle, des bonnes, des pures, des paladines qui finissent mortes de désespoir (et une fois chanteuse de bastringue dans un saloon, mais bon, très peu pour moi), j'ai demandé à être utilisée à contre-emploi. Je voulais entrer dans la peau d'une méchante. Être quelqu'un que je ne serai jamais, plutôt qu'une espèce de version exaltée de mon petit moi-même intérieur.

Je vois déjà certains de mes amis être horrifiés de ce choix. Je leur répondrai comme je l'ai fait à ma mère : « Il en faut bien pour jouer les mauvais, ce sont les rôles les plus intéressant, au théâtre et au cinéma, alors pourquoi pas en GN ? ». Qu'ils se rassurent, je n'en suis pas sortie changée. Juste un peu plus avancée en réflexion.

Comment devient-on Elisabeth Baumer, journaliste satirique d'extrême-droite et parolière ? On le comprend mieux grâce au background du personnage (son histoire que l'on reçoit à l'avance pour se préparer mentalement). Prenez une fille de famille ouvrière nombreuse dans la Bavière de la soi-disant Belle-Epoque. Parents ouvriers du textile (vous vous doutez de l'origine des patrons de l'usine), un destin tout tracé derrière les machines de la filature. Mettez-là quand même à l'école du village, où elle est remarquée par l'instituteur qui la prend sous son aile. Instituteur furieusement antisémite (mais dans la très catholique et traditionaliste Bavière, c'est pas rare).

Donc, dès sa plus tendre enfance, ce type qu'elle vénère comme un modèle lui monte le bourrichon. Il la fait entrer dans un journal, comme secrétaire. Elle devient petit à petit journaliste. Elle participe à l'effort de guerre en 14-18 comme ouvrière dans l'armement. Retourne au journal après l'armistice.

Tout ça est le cocktail idéal pour former une personne avec la rage au ventre, qui en veut à tout le monde et principalement à l'ennemi désigné par son mentor. Et voilà qu'arrive l'Homme Providentiel qui lui raconte tout ce qu'elle a envie d'entendre. Elle se donne corps et âme à sa cause en espérant qu'il voudra bien la remercier un peu. Voici le bois dont on fait les saintes et les martyres : frustration, colère et besoin de reconnaissance, le tout greffé sur une éducation bien conservatrice.

Élevée dans la Ruhr, elle serait sans doute devenue communiste. Mais voilà, elle était bavaroise. Ne jamais négliger le fond culturel sur lequel se greffent les problèmes économiques et politiques.

Et bercée de certitudes, dotée d'une foi inébranlable dans le Grand Homme, Elisabeth était toute prête à aller prêcher la bonne parole en milieu hostile : un cabaret. L'endroit où elle fait tache, mais c'est là qu'est sa mission. Le missionnaire en version Gretchen. Enfin, une Gretchen machiavélique en robe du soir.

A partir de là, tout me semblait clair, et je savais quels leviers actionner pour faire tomber les autres dans mon escarcelle : appât du gain, volonté de pouvoir, besoin de reconnaissance, lâcheté, besoin de sécurité. Tout ce qui avait fait basculer Lizie valait pour faire basculer les autres. La rassurante pensée d'un monde où tout est prévu, où aucune place n'est laissée pour le doute, on pense pour vous, on vous dicte quoi faire, quoi dire, comment vivre, plus besoin de faire de choix, il suffit de suivre les rail. Tout ce qui dépasse sera éliminé, de toute façon. Et comme vous avez peur du bâton, et envie de la carotte. Roule, ma poule.

Voilà ce que j'en ai compris. A la base, il y a un choix. Il y a la fuite de ce qui vous oppresse, et le basculement dans ce qui opprime. Ce qui opprime ce qui vous fait peur, au début, mais vous opprimera aussi, finalement. Vous fera périr d'ennui et d'uniformité, et ce serait le moins grave. Ou mourir pour le moindre petit grain de divergence.

Alors oui, j'arrive à comprendre que des besoins qui ne sont pas rencontrés, des peurs, puissent pousser des peuples à se lover dans les anneaux d'un serpent qui susurre « aïe confiance ». Mais l'expérience, la connaissance, ne leur permettent-elles donc pas de voir, de savoir, qu'un jour où l'autre c'est sur eux-même que ces anneaux se resserreront pour les étouffer ?

Je préfère faire le choix de sauter dans le vide, malgré mes peurs, malgré cette sensation d'écrasement dans la poitrine. Sous peu, elle ne sera plus qu'un frisson. Tout plutôt qu'être broyé dans les anneaux du serpent.

Virginie Godet (concède qu'elle participe à des expériences bizarres, outrecuide jusqu'à vous suggérer d'en faire pareil)

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23 mars 2016 3 23 /03 /mars /2016 15:53

Bon ben, ça y est.

On s'y attendait vaguement tout en espérant que ça n'arrive pas.

Et on se réveille le lendemain avec un genre spécial de gueule de bois. A sec.

Même en ayant été rassuré sur l'état de ses proches et de ses lointains, ça fout quand même une sacrée claque dans la gueule.

"Ils" l'ont fait. Et nous, on ramasse nos petits bouts, et on dit bien haut que l'union fait la force. C'est notre devise, après tout. Mais l'union sacrée, elle ne dure même pas 24h.

C'est tellement bien belge, aussi, ce petit esprit tout riquiqui. Oh nous pouvons être grands, avec d'immenses qualités. Mais nous restons un pays provincial, un pays de clochers et de rideaux bien propres et de haies bien taillées. Pas parce qu'on aime ça, mais parce que ça fera enrager le voisin. Pas parce qu'on en a envie, mais qu'est-ce la belle-fille du boucher va en penser?

A peine 24h, et les cancans et les petites vilenies reprenaient de plus belle. Toutes les Madame Termol au balcon (où sommeillent encore tous les surfinias les plus moches du catalogue) à commenter l'actualité. Et vas-y que ça cause d'intégration et de renvoyer les pas intégrés chez eux...

Et là, j'ai envie de demander: et moi, je vais où?

Je vais où? Je ne suis pas intégrée.

J'aime l'art, la littérature, la musique. J'aime découvrir des choses nouvelles, des gens nouveaux. Je vais aux concerts, à la bibliothèque, je regarde Arte.

Je ne suis pas intégrée.

Quand je pars en vacances, je ne vais pas en hôtel-club all inclusive, j'aime les maisons d'hôtes dans les petits villages. J'ai horreur du scrapbooking. Mes gâteaux sont bons, mais moches. Je déteste tout ce qui est trop droit et trop ordonné.

Je ne suis pas intégrée.

Je suis une lectrice compulsive, j'essaie de comprendre les choses. J'aime la complexité et je n'ai pas peur des paradoxes.

Je ne suis pas intégrée.

Je conchie les bégonias simples, les géraniums et les surfinias. Je ne considère pas qu'une victime de viol majeure l'a bien cherché. Et tout comportement sexuel impliquant des personnes consentantes ayant atteint la majorité, s'il peut me surprendre, ne provoquera jamais chez moi de jugements à la hâte.

Je ne suis pas intégrée.

Je tente de penser le complexe, de garder la tête froide malgré mes peurs, mes craintes. Je ne pense pas que la différence soit le mal incarné. J'essaie de ne pas simplifier. J'aime les insultes désuètes et les mots de plus de 7 lettres. Je considère que défendre ma culture commence par bien la connaître.

Je ne suis pas intégrée.

Je suis intimement persuadée, en effet, que l'union fait la force. Une union par-delà les différences. Une union vraie, basée sur un dénominateur commun, tout bête: nous qui vivons ici, maintenant. Nous qui souhaitons vivre en paix, en harmonie (tu trouves ça con? c'est le même tarif!), là où la liberté des uns n'empiète pas sur celle des autres, là où la sécurité n'est pas le sécuritaire. Là où, parce que je n'ai rien à me reprocher, on n'a donc pas à me ficher, à me surveiller.

Mais m'unir avec qui? Je ne suis pas intégrée, et tout qui n'est pas intégré doit retourner chez lui. Alors je dois aller où.?

Il paraît que la Belgique, tu l'aimes ou tu la quittes. Je l'aime, pourtant. Mais, comme dans un vieux couple, je l'aime en voyant tous ses défauts: son petit esprit, ses gens aigris, ce côté province si pleine de préjugés et de contrôle social, de normes ancestrales et de traditions débiles. De rideaux amidonnés et de haies plantées au cordeau.

Malgré tout cela, je l'aime. Et je pense que notre union ferait sa force. L'union contre ceux qui nous attaquent, mais aussi l'union contre nous-même. Contre tous nos défauts et notre esprit étriqué.

Que nous serions forts, dans une telle union.

Virginie Godet (oui, c'est décousu, mais vas-y, écris un peu avec la gueule de bois, fieu!)

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11 février 2016 4 11 /02 /février /2016 15:09

Encore de longs mois sans écrire. Parce qu'il aurait fallu, sans doute, paradoxalement, à la fois le temps et la réactivité d'écrire tous les jours, alors qu'on a fort à faire.
Depuis des semaines, ça me démange. Depuis des semaines, je recule. Est-ce bien nécessaire et est-ce bien utile? Qu'est-ce que ça peut bien apporter, qu'est-ce que ça peut bien m'apporter?


Sans doute cela n'apportera-t-il rien au débat, puisque chacun campe sur ses positions, que le discours se radicalise encore et encore, sans plus aucune nuance possible, sans pouvoir garder cette ligne de conduite que j'essaie pourtant de faire mienne: ni angélisme, ni diabolisation.

Alors bon, même si cela n'apporte rien, ce que cela m'apporte à moi, c'est de sortir un bon coup ce qui me turlupine, m'enrage et m'insupporte. Ecrire comme on vomit, parce qu'il ne faut pas garder tout cela à l'intérieur, alors que cela bouillonne et vous ronge.

Depuis les événements de Cologne et les commentaires qui les ont suivis, depuis que Théo Francken a proposé de donner des cours de respect de La Fâââmme aux migrants, je me pose cette question: suis-je une aberration statistique?

Nombreuses sont les femmes qui ont subi des agressions sexuelles (et bienheureuses celles qui ont été épargnées). Verbales ou physiques, propositions déplacées suivies d'injures, attouchements plus ou moins furtifs (vive les transports en commun), tentatives de viol ou viol, carrément.

Je ne fais pas partie de ces happy few dont l'intégrité morale et physique est restée sans tache. C'est comme ça, on n'y changera plus rien.
Mais les abrutis qui ont commis à mon égard ces actes, plus ou moins graves, eux, ne correspondent pas à l'idée que s'en font beaucoup de gens.
Paaaas du tout, du tout, du tout...
Car, voyez-vous, messieurs-dames, ils étaient blancs. Blancs de chez blancs. Européens. Vraisemblablement de la souche de chez nous autres.
Dingue, non?

Serais-je donc la seule, s'il faut en croire le bon peuple des forums, et principalement le nid de pur-sangs qui squatte la page du Vif? Ou tout simplement, selon la jurisprudence du "viol amical", n'ai-je pas saisi toute la nuance de la problématique? Quand le monsieur il est blanc, il peut? Il a le droit de tâter du cheptel local?
Du coup, si je ne trouve pas ça drôle, c'est parce que je n'ai pas d'humour?
Si le contact me dérange, je suis coincée du cul?
Si je dis non, si je crie non, mes signaux ne sont pas assez explicites pour ses neurones appauvris par des générations d'endogamie?

Homme blanc peut tripoter femmes blanches, femmes blanches à lui?

N'y aurait-il pas là comme un énorme problème?

Et la réponse, au fond, ne serait-elle pas, qui que tu sois, d'où que tu viennes, si ça me dérange, tu la fermes, tu garde tes pattes dans tes poches, et tu touches la madame quand elle est d'accord?

Et ça, c'est bon à rappeler de manière globale. Un mec bien est un mec bien. Un connard est un connard. Les deux espèces sont assez équitablement répandues dans la population mondiale.

Virginie Godet (Ouf, c'est sorti...)

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15 novembre 2015 7 15 /11 /novembre /2015 10:56

Hier, malgré un moral en berne, un mental en forme de point d'interrogation, il a bien fallu participer au colloque "Féministe toi-même!".


Je l'ai fait parce que je m'y étais engagée. Et puis parce que, parmi tant d'autres, la liberté des femmes elle aussi est menacée. Menacée par les conservatismes. Tous.


Or, des conservatismes, j'en vois principalement deux en marche, qui du premier abord s'affrontent, mais finalement, en y regardant de plus près, se nourrissent l'un de l'autre, se renforcent l'un l'autre. Des mécanismes de rejet de l'autre qui se ressemblent comme des jumeaux qu'on aurait séparés à la naissance.


Des jumeaux qui n'auraient pas reçu la même éducation, mais qui ont en eux le même fond d'ignorance, et de refus d'apprendre, de peur de ce qui est différent, de haine de ce qu'il ne peuvent comprendre, et refusent même de comprendre.

Au bout du compte, nous sommes pris en tenaille entre deux extrêmes-droites, entre deux modèles totalitaires. Entre eux, la différence, c'est le passage à l'acte. Et puis la justification de leurs motivations. L'une totalement religieuse, l'autre un peu moins (mais avec des gros morceaux de cathos rigoristes dedans, quand même).

Des gens qui ont peur de la liberté, de toutes les libertés et surtout de celle des femmes, de la culture, de la beauté...

Hier, parmi les nombreux témoignages de femmes de tous horizons, Robabeh a parlé de son départ d'Iran, il a 14 ans. Il fallait partir, quitter sa vie, quitter son art - elle enseignait l'art ancestral de tisser les tapis, ces merveilleux tapis persans, chefs-d'oeuvre d'un savoir-faire millénaire-, quitter sa maison, son jardin, son quartier, pour mettre les siens en sécurité. Partir, n'importe où. Et n'importe où, ce fut la Belgique.

Puis Robabeh a dansé. Danser, c'était interdit aux femmes depuis que Khomeyni était arrivé au pouvoir. Danser, elle ne le pouvait plus, pas plus que porter ce costume que je découvrais, que je ne connaissais pas, qui est l'habit traditionnel du nord de l'Iran. Chaste, boutonné jusqu'au cou (ma foi, comme tous ces costumes de l'Europe de l'Est qu'il me rappelait), mais chatoyant, débordant de couleurs. La tête couverte, certes, mais d'une petite toque ornée d'un voile rouge. Rouge comme la petite fleur qu'elle porte toujours dans ses cheveux si noirs.

Et j'ai pensé, c'est bête, à ces supportrices iranienne entraperçues dans les gradins de la coupe du monde de foot. Ces supportrices que j'avais trouvées d'une beauté ahurissante, cheveux noirs jais, teint de lait et des yeux, si vous vous souvenez, des yeux de chat verts, mais verts...

Et puis j'ai pensé que c'était ça qu'ils voulaient détruire. Que les jumeaux voulaient brider, chacun à sa façon, mais chacun renforçant l'autre, peut-être à son corps défendant, mais quand même. Parce que cette beauté leur est insupportable.

Parce qu'un être libre, un être qui danse, parce que la joie leur est insupportable. Parce qu'ils ne peuvent saisir le bonheur de l'autre, il leur faut l'étouffer, le briser. Faire rentrer tout le monde, chacun, chacune,dans des petites cases, dans des petites boîtes bien fermée, bien hermétiques. Pas un cheveu qui dépasse, pas une tête qui dépasse, pas un pas, pas un pet de travers.

Enfin l'ennui...
Enfin une armée de morts-vivants.
Enfin plus rien qui bouge.

Et cela, qu'on se laisse entraîner par l'un ou l'autre des jumeaux...

Alors dansons, chantons, donnons des couleurs à la vie, bloquons la tenaille...
Parce que je préfère le bordel et la vie, les cheveux qui dépassent, les boîtes pas hermétiques....

Je veux que ça rie et que ça se mélange, et qu'on soit vraiment curieux de l'autre.

Je veux faire enrager les jumeaux au point qu'ils s'en étouffent.

Virginie Godet.

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